Masturbation: halte aux idées reçues!

« Souiller avec les mains », voilà quel est le sens étymologique du mot « masturbation ». Autant dire que les tabous et idées reçues concernant ce comportement ont des racines ancrées très profondément dans notre civilisation. Heureusement, de nos jours, le regard porté sur la masturbation tend à changer, certains spécialistes allant même jusqu’à prôner son utilisation pour pouvoir accéder à une sexualité épanouie. Mais qu’en est-il vraiment? Quelle est sa fonction réelle chez l’enfant et l’adulte? Quelles sont les idées reçues qui courent encore à son propos?

Quels sont les bienfaits de la masturbation, et quand peut on parler de pathologie?

Sa fonction chez l’enfant et l’adulte

Les premières manifestations auto-érotiques font partie du développement normal de l’enfant qui entre dans la phase dite « égocentrique », et au cours de laquelle il va devoir apprendre à se dégager de la relation fusionnelle qu’il vit avec sa mère. De plus, la masturbation permet un éveil sensuel chez l’enfant. Ainsi, une femme qui ne s’est jamais masturbée lorsqu’elle était petite, aura difficilement accès au plaisir par la suite. Aussi, comme le dit le Dr Waynberg, sexologue, « la masturbation est une étape « naturelle » du développement de la fonction érotique. (et) l’auto-érotisme est le b.a.-ba de l’apprentissage de la « lecture du corps » ».

Chez l’adulte, la masturbation permet d’accroître son imaginaire érotique. Quand aux célibataires soumit à une abstinence forcée, elle leur permet tout simplement de maintenir une activité sexuelle.

Les idées reçues

Pendant de nombreuses années (et même de nombreux siècles), la morale judéo-chrétienne relayée par le pouvoir médical, ont condamné la masturbation, en en faisant « la perversion par excellence ». Sa pratique s’accompagne de nombreuses idées reçues menaçant les « décadents » de véritable dégénérescence physique et psychique. Elle est alors perçue comme un véritable danger moral, social, intellectuel et physique. Plus tard, après la révolution sexuelle des années soixante-dix, elle est vue au pire comme une « mauvaise habitude ». De nos jours, on a plutôt tendance à voir la masturbation comme l’expression d’une sexualité immature, conduite à disparaître de façon naturelle lorsque l’adulte s’épanouit sexuellement. Mais cela est encore une idée reçue: sans doute faut-il rappeler que la pratique de la masturbation n’a aucun effet secondaire néfaste, et qu’au contraire elle participe à l’enrichissement de la vie érotique, et ce, à tout âge de la vie. Pour de nombreuses personnes, ce sujet reste tabou et empreint de culpabilité. Il faut parvenir à se sortir de cette gangue idéologique: si cette activité doit rester secrète et vécue dans l’intimité, il n’y a pas lieu de s’en priver puisqu’elle ne peut faire que du bien.

Les bienfaits

Outre l’enrichissement de l’imaginaire érotique, la masturbation permet d’avoir une meilleure connaissance de son corps, et de la façon dont on peut obtenir du plaisir. Elle permet en plus de maintenir une activité érotique lorsqu’on est célibataire. Cela évite en particulier aux hommes de développer une anxiété de performance, lors d’une prochaine rencontre avec une femme. Par ailleurs, elle aide à apprécier davantage son corps puisqu’il donne du plaisir, et donc elle permet de se sentir mieux dans son corps, vécu non plus comme un ennemi mais comme un complice. Or, en s’aimant soi-même, on est mieux armés pour développer des relations plus sereines avec les autres.

Quand la masturbation devient un comportement pathologique

Le plus souvent la masturbation n’est pas pathologique. L’adolescent peut se masturber plusieurs fois par jour, dans la mesure où cela ne perturbe pas sa vie, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Chez l’adulte, la masturbation a longtemps été perçue comme une faiblesse de caractère, signe d’une inadaptation sociale et d’un repli sur soi pathologique.

En fait, la masturbation ne devient pathologique que si elle est exclusive, c’est-à-dire que la personne ne parvient pas à obtenir du plaisir autrement. Ou encore si elle devient compulsive, c’est-à-dire que la personne ne peut s’empêcher de se masturber plusieurs fois par jour. Dans ce cas, ce comportement n’est plus un plaisir, il devient « subi », et il s’apparente à un trouble obsessionnel compulsif (TOC).

En savoir plus

– Les idées reçues sur la sexualité, Dr Jacques Waynberg, éd. Hachette (1995).

– Eloge de la masturbation, Philippe Brenot, éd. Zulma (1997).

– Un plaisir maudit, Enjeux de la masturbation, Bertrand Ferrier, éd. La Musardine (2000).

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