Les bébés-couples

A 16 ou 17 ans, ils vivent déjà ensemble. Etant rare qu’à cet âge ils disposent d’une autonomie financière pour quitter le domicile familial, ces ados s’installent en couple chez l’un ou l’autre, agrandissant le foyer. Beaucoup de parents acceptent que leur enfant, encore lycéen, rentre chaque soir avec sa moitié… Preuve de laxisme ou de tolérance?

Premières amours…

A vingt ans, lorsqu’étudiant, on habite encore chez ses parents, il est logique que ces derniers tolèrent de temps en temps la présence de son ou sa petite amie… Mais lorsqu’à 16 ans, on revendique une vraie vie de couple alors que l’on dépend encore de l’argent de poche hebdomadaire, la situation est quelque peu originale… « Il n’y a pas de règles en la matière. Tout dépend du contexte et des normes familiales. Cependant avant 15 ans et sans pour autant minimiser les amours de son enfant, il paraît aberrant d’accepter une telle situation », explique Pascal Hachet, psychologue et spécialiste des adolescents.

Quand l’ado pose un ultimatum…

Jérôme a 18 ans. Depuis 2 ans, il vit en couple avec Marine, sous le toit de ses parents. Au début, elle ne venait que quelques soirs dans le mois. Petit à petit, elle s’est installée au sein de la famille, la prenant pour la sienne. Jérôme habite plus près du lycée et cela évite à Marine de longs trajets. « Jérôme a toujours été un garçon difficile. De fugues en bêtises, il nous a toujours donné du fil à retordre. Il y a deux ans, tout allait de mal en pis. Il a rencontré Marine et il ne pouvait plus se passer d’elle. Nous n’avons pas vraiment eu le choix: ou elle venait s’installer chez nous, ou il partait et arrêtait le lycée. Peut-être avons-nous été trop faibles, mais la situation était insurmontable. Aujourd’hui Jérôme va bien et Marine fait réellement partie de notre famille. Je sais que beaucoup d’autres parents ne nous comprennent pas… » explique la mère de Jérôme.

Entre enfance et maturité

Les ados qui vivent en couple sont rarement indépendants à quelque niveau que ce soit. Dans le cas, rare, où ils seraient installés dans un studio, ils sont encore à la charge de leurs parents qui les entretiennent en grande partie. De la même manière, au sein du foyer, le couple d’ados est coincé entre son désir de reconnaissance et les règles familiales qu’il doit suivre. Mélanger l’intimité des parents et celle du jeune couple n’est pas forcément très sain. En effet, leur vie sexuelle ne doit pas obligatoirement être exposée au grand jour au sein du foyer. Revendiquer une telle liberté tout en restant dépendant de ses parents, n’est ce pas vouloir le beurre et l’argent du beurre? » Ce sont clairement aux parents de fixer les limites. Les ados en couple doivent prouver qu’ils sont assez matures pour respecter les règles familiales et ne plus avoir un comportement infantile. Si leurs parents ont accepté cette situation, ils doivent prouver qu’ils sont à la hauteur », commente Pascal Hachet.

Une question d’éducation…

Jeanne a deux filles, Héloïse et Fleur âgée de 16 et 14 ans. « Je suis sûre que la question ne se posera jamais. Il est tout simplement hors de question que je puisse tolérer une situation comme celle que vivent les parents de Jérôme. Moi-même, je n’ai jamais pu ramener un flirt à la maison et j’ai inculqué la même éducation à mes filles. Sans devenir taboues, la sexualité et les relations amoureuses de mes enfants ne me regardent pas. Si elles décident de connaître certaines expériences plus tôt, elles doivent en assumer les conséquences et se débrouiller. Je peux les conseiller mais pas devenir complice. L’amour en catimini a son charme et fait partie de l’apprentissage de la vie… non? »

Comme l’explique le psychologue, le désir de vivre en couple traduit peut-être, de la part de l’adolescent, une volonté de créer des rapports égalitaires vis-à-vis des parents. Etre deux contre deux: un couple face à un autre couple. Mais finalement aucune règle immuable n’existe. Outre une question évidente d’éducation, chaque enfant est différent et ses parents doivent composer avec sa maturité, ses envies et sa personnalité.

Si chacun trouve sa place en harmonie au sein de cette famille « recomposée »…

Pourquoi pas !