Les fantasmes homosexuels chez un hétéro

Les fantasmes homosexuels conscients ou inconscients seraient universels et présents en chacun d’entre nous. Mais attention! Le passage à l’acte est rarement souhaité. Ces scénarios trahissent davantage une recherche d’affectivité qu’un réel désir sexuel.

« Du fond du coeur, je sais que je suis hétérosexuel », pose d’emblée Stephan comme pour se justifier. Rencontré dans une soirée privée, cet étudiant de 24 ans accepte de parler de ses fantasmes homosexuels mais commence l’entretien par un: « Je préfère de loin les femmes ». Du bout des lèvres, il admet avoir eu, « comme beaucoup d’adolescents », de petits jeux avec les copains quand il était plus jeune: « Avec mon voisin notamment, on s’amusait à se masturber l’un en face de l’autre. A chaque fois je rêvais d’aller un peu plus loin et de le toucher, mais je n’ai jamais osé ». Tripotages sous la douche, masturbations mutuelles, lecture en commun de livres et de magazines pornos, ces comportements sexuels transitoires et ludiques sont relativement fréquents chez les adolescents. Rien à voir cependant avec un réel penchant homosexuel? Accomplis pour le simple plaisir d’enfreindre la règle, ces jeux homoérotiques permettraient aussi et surtout de se découvrir sexuellement – « C’est moins intimidant avec les copains qu’avec les filles » et même de s’affirmer en tant qu’homme – « Tous les copains font comme moi! ».

Fantasmer sans culpabiliser

Passé l’adolescence, Stephan « découvre » les filles et « oublie » les petits jeux de son enfance. Pourtant, aujourd’hui, ces images du passé le rattrapent: « Il y a quelques mois, j’ai fais la rencontre de Sandrine. Nous nous entendons merveilleusement bien sexuellement et aimons parler de nos fantasmes. Elle voudrait que nous fassions l’amour à trois: elle, moi et un autre mec. J’avoue que je ne suis pas contre. Au contraire, depuis cette discussion, je cogite à fond. Je me vois sucer le sexe d’un autre homme, étreindre son corps, le serrer dans mes bras, le caresser tandis qu’il pénètre ma partenaire ». Le triolisme voulu par sa compagne lui plaît énormément. Et pour cause: il peut ainsi vivre son homosexualité sans culpabiliser. L’intervention d’une femme dans la scène agit comme un réducteur d’angoisse. Sa présence lui autorise le rapprochement avec un autre homme. « Un autre scénario me revient souvent en tête, continue Stephan. Je drague une fille magnifique et parviens à la séduire. Au moment où je lui enlève sa culotte, je m’aperçois qu' »elle » a un sexe énorme: c’est un mec! Ravi de cette découverte, je le caresse aussitôt. » Encore un moyen pour Stephan de déculpabiliser: le fait que cette fille se révèle être un homme lui permet de se poser comme « victime » de la situation. Ouf! Il n’est pas coupable.

Souvent déçus par le passage à l’acte

Malgré ces fantasmes, Stéphan sait « du fond du coeur » qu’il est hétéro. Et c’est probablement vrai. « Si tout le monde a des fantasmes homosexuels conscients ou inconscients, rares sont les personnes pour qui ces images trahissent un réel désir de passage à l’acte, précise le sexologue Erick Dietrich (1). « Le codage érotique d’un adulte est très complexe et il ne faut pas confondre recherche d’affectivité et recherche sexuelle. Ces hommes hétéros aux fantasmes homosexuels ont souvent souffert de l’absence du père. En manque de référent masculin, ils recherchent de l’affectif auprès d’un homme – pas du sexuel. Quand ces hommes choisissent de passer à l’acte, ils sont souvent déçus de l’expérience. Car le sexe n’était pas du tout ce qu’ils recherchaient. »

1. Erick Dietrich: Médecin, sexologue, psychosomatoanalyste, victimologue. Fondateur du site « Sexopsy » et auteur du livre Les fantasmes aux Editions de la Louvière. Spécialiste des fantasmes, il les décortique dans le sens analytique du terme.

EN SAVOIR PLUS:

A lire

– Ils ne pensent donc qu’à ça? Maurice T. Madchino, éd. Calmann-Lévy.

– Dictionnaire des fantasmes érotiques, Alain Héril, éd.Morisset, (1996), 14 Euros

– L’empire des femmes, Nancy Friday, Albin Michel, 1993.