Que signifient nos fantasmes: la fellation

Une exploration d’un fantasme très répandu…

« Les fantasmes des hommes abondent d’héroïnes imaginaires faisant exactement ce que les femmes réelles évitent encore: non seulement elles aiment sucer un homme, mais elles se pourlèchent de son sperme » témoigne Nancy Friday (1) dans son recueil sur les fantasmes masculins. Le fantasme de fellation est donc extrêmement présent chez les hommes. A croire qu’ils ne sont pas de grands metteurs en scène. C’est en tout cas l’analyse du psychanalyste Juan David Nasio (2): « Leurs fantasmes, courants et prévisibles, puisent surtout dans le répertoire des films pornographiques où l’on ne compte plus les gros plans de fellations ». Et pour cause: ce fantasme met sur le devant de la scène leur sexe, fondement de leur masculinité et symbole de leur pouvoir d’affirmation. « Les hommes sont toujours dans des imageries de fonctionnement: celui de leur pénis, confirme Maurice Maschino (3) pour qui un homme se fantasme souvent avec un sexe gigantesque. Et d’ajouter: « Beaucoup imaginent ensuite une femme accourir autour de ce sexe énorme pour le lécher comme une chienne ».

Symbole de domination…

Car c’est de cela dont il s’agit: dominer. Au delà d’un simple plaisir, la fellation a longtemps symbolisé un rapport de domination. Chez les soldats romains, elle était envisagée comme un droit de réparation, une manière de faire payer des dommages et intérêts. Rabaissé par son acte, le suceur était considéré comme un banal sous-homme. La rapport à la fellation est à peu près similaire chez les Incas: dans cette ancienne civilisation, plus on se fait lécher son anatomie et plus on est fort; au contraire, plus on lèche soi-même et plus on se rapproche de la lie de l’humanité. C’est dire si le symbole est fort.

Mais pour qui?

Cependant, les femmes qui fantasment sur la fellation n’aiment pas toutes être soumises. En tout cas pas toujours. Et de moins en moins. Aux Etats-Unis, le fantasme est courant – et le passage à l’acte quasi systématique. Dans un récent article du New-York Times, le docteur Levy Warren avançait un chiffre impressionnant: selon lui, les concitoyennes de Monica Lewinski pratiquent de 50 à 60 fellations avant de connaître leur premier rapport sexuel. Par cette douce attente imposée à leurs partenaires, les jeunes Américaines mesureraient inconsciemment le pouvoir qu’elles possèdent sur les hommes. Un fort sentiment de puissance partagé par les femmes dîtes « spermophiles » (4). Grandes adeptes de la fellation, elles préfèrent en effet recevoir la semence de leur partenaire dans la bouche plutôt qu’en elle, devenant ainsi maîtresses de la situation.

(1) Nancy Friday, Les fantasmes masculins, éd. Albin Michel.

(2) Cité par Psychologies, Juin 2000.

(3) Maurice T. Maschino, Ils ne pensent donc qu’à ça? Ed. Calmann-Lévy.

(4) Dans L’Empire des femmes, Nancy Friday relate l’étonnant témoignage de l’une d’entre elle.

EN SAVOIR PLUS:

A lire

– Ils ne pensent donc qu’à ça? Maurice T. Madchino, éd. Calmann-Lévy.

Dictionnaire des fantasmes érotiques, Alain Héril, éd.Morisset, (1996), 14 oe

L’empire des femmes, Nancy Friday, Albin Michel, 1993.

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