Personnalité des petites filles : ce que Freud en dit

La personalité des petites filles selon Freud

Pour Freud l’enfant se construit autour d’une série d’identifications aux modèles masculins et féminins -père/mère – qui l’entourent . Avant 3 ans, les deux sexes évoluent de la même façon. Vers 3/4 ans (« l’âge phallique ») la petite fille réalise qu’elle n’a pas de pénis. Elle vit ce qu’on nomme chez elle le complexe de castration. Son premier objet d’amour – sa mère – est homosexuel. Pour atteindre la féminité, elle doit renoncer à sa mère et se tourner vers son père comme nouvel objet d’amour.

La théorie de Freud est controversée par d’autres psychanalystes et chercheurs (Klein, Roiphe et Galenson, Stoller, Blum…) lesquels ont proposé des positions alternatives et situent la construction de l’identité sexuée avant la fin de la 2e année de l’enfant. Ilsaffirment notamment que le père remplit une fonction d’écran entre la mère et sa fille. Stoller note aussi que tout en apportant cette aide précieuse à l’individuation féminine de sa fille, le père doit se garder de se monter trop intrusif et interventionniste et ne pas bouleverser la symbiose mère/fille. Au risque d’encourager sa fille à être comme lui età forcer le développement de sa part masculine.

Le complexe d’OEdipe

Le complexe d’Oedipe, apparaît vers 3 ans et s’achève vers 7 ou 8 ans. L’enfant attiré par le parent de sexe opposé doit y renoncer, conformément aux prescriptions sociales. A force de s’entendre répéter que ce ne sera pas possible, la petite fille amoureuse de son père a finit par comprendre qu’elle ne pourra l’épouser. Cependant son entrée dans l’âge de raison se fait progressivement: elle tente encore quelques manoeuvres de séduction tout en sentant s’éloigner son « rêve d’appropriation ». Le Prince Charmant ou le copain de classe deviennent de nouveaux objets d’amour. « Dans le sillage de Freud, la psychanalyste Françoise Dolto a montré que sortir du complexe d’Oedipe est essentiel pour l’enfant et lui permet de devenir un être humain à part entière », écrivent Harry Ifergan et Rica Etienne, les auteurs de 6-12 ans, l’âge incertain. Le sens moral apparaît alors, pas seulement en imitant ses parents, mais en partageant la même loi: la fillette sait que sa mère, elle aussi, n’a pu épouser son propre père. Cette étape est riche de conséquences: l’enfant apprend à maîtriser ses désirs et à accepter la frustration. Il s’ouvre aux autres et au monde social, quittant chaque jour un peu plus le cercle restreint de la famille.

Autonomisation

Des signes marquent la fin de cette période: si elle ne formule pas clairement qu’elle comprend qu’elle n’épousera pas son papa, la fillette signifie souvent qu’elle n’envisage pas de mariage pour elle plus tard. Puisqu’elle n’a pu séduire son père, comment pourrait-elle trouver un mari? C’est une phase d’auto dépréciation. La petite fille cherche alors d’autres centres d’intérêt: les copines, le sport, des activités artistiques ou intellectuelles… »Mais quand le tabou de l’inceste n’a pas été clairement posé », poursuivent H.Ifergan et R.Etienne, « la petite fille peut avoir du mal à conclure sa phase oedipienne. Les pères savent parfois se montrer contradictoires dans leurs attitudes et relativement satisfaits de voir leur fillette amoureuse d’eux, sans en mesurer les conséquences à venir. . » Si un père sent poindre trop souvent l’ombre de l’équivoque, c’est à lui de réagir et de poser ses limites, sans pour autant blesser safille et sans se culpabiliser. Les répercussions sur la vie affective future de sa fille pourraient être profondes s’il ne l’aidait pas dans ce deuil nécessaire. La femme qu’elle deviendrait chercherait des hommes ressemblant à son père moralement et physiquement, ou plus âgés qu’elle.

EN SAVOIR PLUS:

Sexualité féminine, Françoise Dolto, Folio EssaisLa fille de son père / Guérir la blessure dans la relation père-fille, Linda Schierse Leonard, Le Jour, 1990 Filles et Garçons, Enfance et Psy n°3, – Erès,19986-12 ans, l’âge incertain

– Mais qu’est-ce qu’il a dans la tête?, Harry Ifergan et Rica Etienne, préfacé par J-D Nasio, Hachette Littératures, 1999. Bourré de conseils pratiques et de situations concrètes…

Le vrai rôle du père, Jean Le Camus, Odile Jacob, 2000

Le rôle du père dans le développement du jeune enfant, Jean Le Camus-Florence Labrell-Chantal Zaouche/Gaudron, Nathan Université, 1997