Psychanalyste du IIIème millénaire: un héritage freudien

Quel genre de thérapeute sera l’analyste du IIIème millénaire? S’enfermera-t-il dans l’héritage freudien ou s’attachera-t-il à faire évoluer la pensée psychanalytique en s’inspirant du monde contemporain? Interview de René Major, coordinateur des Etats généraux de la psychanalyse.

Quel genre de thérapeute sera l’analyste du IIIème millénaire?

L’extension qu’a prise la psychanalyse en quelques décennies la confronte à une foule de questions qui paraissaient auparavant ne pas être de son ressort. Les psychanalystes ne sont plus uniquement dans leur cabinet et dans les grandes villes. Ils sont appelés à être présents un peu partout, dans différentes institutions pour enfants comme dans divers services hospitaliers, dans des unités de prévention et de soins, etc. En pratique privée, leur expérience et leur compétence peuvent être mises au service d’interventions de plus courte durée que celle d’une analyse classique à laquelle ils sont d’abord formés. Ils sont aussi consultés pour des problèmes psychiques plus graves que ceux auxquels ils confinaient autrefois leur pratique.

Comment faire vivre l’héritage freudien sans le trahir et quelles ont été les évolutions de la pensée psychanalytique?

L’élargissement du champ de réflexion et d’application de la psychanalyse ne va pas sans un certain risque, celui de la dénaturation de sa méthode rigoureuse. Les standards de formation doivent être d’autant plus exigeants. Le psychanalyste n’est pas qu’un technicien. Il doit posséder une vaste culture générale. C’est pourquoi nous préconisons la création d’écoles supérieures de psychanalyse, telles que Freud les souhaitaient, où soit enseigné tout ce qui peut concourir dans les sciences de l’homme et de la vie à faire de l’analyste un homme  » éclairé « .

Le monde contemporain constitue-t-il une menace pour la survie de la psychanalyse? Si on entend par  » monde contemporain  » celui qui véhicule une idéologie de la transparence, de l’uniformité, d’une communication qui n’est que du semblant, la psychanalyse ouvre, au contraire, un lieu pour l’intime, la singularité et la parole la plus  » authentique « . C’est un lieu où l’on peut se faire entendre sans se voir opposer simplement les convictions, les croyances, les certitudes ou les illusions de l’autre, un lieu qui résiste à toute politique de famille ou de société convenue. Les politiques autoritaires ne prisent guère ces lieux de résistance mais il appartient à la psychanalyse de les maintenir en état de constante vigilance. Si on pense au  » monde contemporain  » comme un monde qui doit être sans angoisse, un monde où les humeurs sont régulées chimiquement, on se prive des sources de la création que sont l’imagination et le rêve. Si on se penche par ailleurs sur les découvertes actuelles de la génétique et de la biologie moléculaire, elles ne peuvent que mieux nous faire connaître la structure physico-chimique des substrats de notre activité psychique et apporter, le cas échéant, la correction nécessaire aux blessures physiques qui entravent l’amour de la vie.

Quelles réflexions vous inspirent le succès des thérapies brèves?

Tout dépend de quelles thérapies brèves il s’agit. Le symptôme étant une solution de compromis trouvée par le sujet pour tenter de résoudre un conflit, la véritable solution de ce dernier repose sur l’élucidation de la cause sous-jacente. Le succès apparent est souvent trompeur. Dans une émission récente sur Freud diffusée par Arte, on pouvait voir, dans la troisième partie, une thérapie comportementaliste de quelqu’un qui avait une phobie des araignées. Le thérapeute lui présentait d’abord une fausse mygale pour lui apprendre à ne pas s’en effrayer. Puis ensuite une vraie qu’il approchait progressivement jusqu’à ce que le sujet puisse la toucher. Mais on apprenait que par la suite il suffisait que le sujet se représente mentalement une quelconque araignée pour être en proie aux mêmes sudations et tachycardies qu’auparavant. Il vaut mieux que le sujet découvre ce que l’araignée a pu représenter pour lui à un moment donné de son histoire et ce que le thérapeute représente comme objet pouvant le rassurer par sa présence. L’acquisition de son indépendance et de sa liberté est au prix de cette recherche peut-être plus lente mais plus assurée.

Il peut y avoir des thérapies brèves par la psychanalyse – j’en ai donné des exemples ailleurs – mais elles suivent une autre méthode, tout en sacrifiant ce que gagnerait le sujet à ne pas s’en tenir à la seule disparition d’un symptôme

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *