Naissance d’une famille

Entretien avec Catherine Bergeret-Amselek, psychothérapeute et psychanalyste, auteur du Mystère des mères (Desclée de Brouwer, 1996) qui accompagne depuis plusieurs années des mères en devenir et des futurs pères.

Quel est le processus qui conduit un homme et une femme à devenir parents?

On ne naît pas parent, on le devient. C’est le parcours de la « maternalité » et de la « paternalité* », temps de la naissance d’une mère et d’un père. Devenir parent est une expérience de passage. L’on cesse d’être l’enfant de ses parents pour endosser ce rôle à son tour. Ce processus se déclenche dès le désir d’enfant, réalisé ou non (grossesses interrompues, morts prénatales, difficultés pour concevoir un bébé etc.), se poursuit pendant la grossesse, bat son plein pendant l’accouchement et perdure environ une année après la naissance. Pendant tous ces mois, l’identité de la maman vacille. Il s’agit d’un intense bouleversement corporel, hormonal et psychique. Cette maternalité est jalonnée de temps forts, dont le retour de la maternité. Cette transition brutale correspond à la naissance d’une famille. On passe du couple au « trouple », petite troupe à trois, pleine de turbulence.

Qu’est-ce qui se joue pour la femme?

Devenir mère c’est réemprunter un chemin que notre mère avait suivi auparavant. Simplement on prend sa place et notre bébé prend la nôtre. Tout l’enjeu sera de faire pareil mais différemment, avec notre propre histoire. Etre enceinte implique un retour sur soi, sur l’enfant que l’on a été, sur celui que l’on va avoir, ce qui fait que l’on est « reprise dans sa mère ». Cela peut être ressourçant et bénéfique à condition d’en sortir! Naître mère impose une séparation psychique d’avec sa propre mère. C’est aussi une somme de renoncements: à la mère imaginaire, à son corps d’avant, à sa vie d’avant, à son bébé imaginaire pour découvrir son bébé réel.

Il y a des temps forts qui scandent la maternalité: l’annonce de la grossesse, sentir son bébé bouger, les échographies, et les trois trimestres que je compare à un voyage en avion: le décollage avec la traversée de dépressions atmosphériques assez fortes, la lune de miel mère-bébé-voyage en plein ciel et en pleine mère – puis le troisième trimestre, et la préparation à l’inéluctable séparation: l’accouchement, redépression atmosphérique, sortie du train d’atterrissage…

Et pour le père?

Le futur père porte l’enfant dans sa tête, pas dans son corps. La paternalité met moins en jeu des processus qu’on appelle archaïques. Le vécu sensoriel des femmes est bouleversé, elles repassent par les états de vulnérabilité du tout petit dans les bras de leur mère. L’homme, lui, est travaillé dans sa tête par ses relations avec son propre père, celui de son enfance et de son adolescence. En effet l’on s’identifie beaucoup dans ces circonstances au parent du même sexe. L’homme doit cesser d’être le fils de son papa pour devenir le père de son enfant. Il n’y a pour ainsi dire pas de préparation à la naissance pour les futurs pères. Il prépare la chambre, bricole le lit, filme l’accouchement de sa femme parce qu’il ne sait pas quoi faire à ce moment là. Il est là parce qu’on lui a dit que c’était bien que les pères soient présents. S’il a la chance de rencontrer une équipe médicale sécurisante, en accompagnement haptonomique par exemple, il sera acteur, pourra entrer en contact tactilement avec son bébé, à travers le ventre de sa femme. Il pourra aider sa femme à accueillir chaque contraction… et avoir un autre rôle de père dès le départ.

*Maternalité et paternalité sont des termes empruntés au psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier (La mère et l’enfant dans les psychoses du post-partum1961). Selon Catherine Bergeret-Amselek ce processus psychique se met oeuvre dès le désir d’enfant.

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