Devenir mère… à 40 ans

En 30 ans, l’âge moyen de la première grossesse est passé de 22 à 27/28 ans aujourd’hui. Un phénomène général mais plus particulièrement marqué dans les grands centres urbains, où devenir mère après 30, voire 40 ans, devient de plus en plus banal. Y a-t-il des risques, physiques et psychologiques, à devenir maman tardivement ? Le point avec le Docteur Evelyne Petroff, gynécologue-accoucheur à la maternité des Bleuets à Paris.*

40 ans : attention, ovules fatigués !

Au risque d’énoncer une évidence, le corps d’une femme de 40 ans n’est plus celui d’une femme de 25 ans.  » Outre le fait que la femme est moins fertile à 40 ans, le risque le plus connu, et le plus grand, est celui du mongolisme « , rappelle Evelyne Petroff. Une raison à cela ? Le vieillissement des ovules qui, contrairement aux spermatozoïdes, ne se « régénèrent » pas perpétuellement.  » La probabilité d’avoir un enfant mongolien est de 1/100 à 40 ans, et s’élève à 1/50 à 42 ans « , précise Evelyne Petroff. D’où des inquiétudes évidentes chez les futures mamans qui ont atteint cet âge, qu’il s’agisse d’un premier enfant ou du petit dernier :  » Dans tous les cas, les discussions sont très profondes, a remarqué la gynécologue. Les femmes craignent de prendre des risques, et celles qui ont déjà des enfants s’inquiètent de la place qu’un enfant mongolien pourrait prendre au sein de leur famille « .

L’âge, une donnée devenue secondaire

Phénomène relativement récent, la maternité à 40 ans ou plus n’a aucun modèle sur lequel se reposer. D’où des questions, et autant de réponses à trouver, chez ces femmes qui se lancent dans l’aventure.  » La question de la transformation du corps, de son vieillissement, du bien-fondé ou non de l’allaitement y est encore plus forte, a noté Evelyne Petroff. Il est vrai qu’il peut exister un risque d’hypertension ou de diabète plus important que chez des femmes plus jeunes « . Pourtant, avec les progrès de la médecine et l’évolution de la société, l’âge tend à devenir une donnée secondaire.  » On peut être un vieux schnock à 25 ans et parfaitement en forme à 40. C’en est fini des discours alarmistes et culpabilisants pour ces futures mères. Quand on est en forme, avoir 60 ans quand son enfant en a 20, ne pose pas de problème psychologique particulier, explique Evelyne Petroff. Aujourd’hui, l’image du retraité inactif est obsolète : à 60 ans, on voyage et on est un consommateur chouchouté par les annonceurs !  »

Une société… à réinventer ?

On peut néanmoins s’interroger sur le nombre toujours croissant de femmes qui font le choix d’une maternité tardive. Mais peut-on réellement parler de choix ?  » Il existe une véritable maltraitance des femmes enceintes actives, s’insurge Evelyne Petroff. Les plus « maltraitées » sont les femmes aux emplois les plus précaires, en bas de l’échelle sociale, et les cadres. Si elles sont enceintes, les premières perdent souvent leur travail alors que les secondes sont placardisées. A 40 ans, la pression s’accentue d’autant plus que ces dernières ont généralement des fonctions de direction « . D’où des atermoiements parfois au-delà de cet âge, par crainte de rater une promotion.  » Même si aujourd’hui la procréation médicalement assistée permet à des femmes de 55 ans d’avoir des enfants, ce n’est pas la solution, conclut la spécialiste. Il y a un âge pour procréer. Cette société qui ne respecte pas les femmes enceintes a pourtant besoin d’enfants pour fonctionner. Il faut vraiment inverser la tendance et revenir à un comportement plus normal vis-à-vis de la maternité…  »

-*Auteur de Carnets d’une obstétricienne, éd. Albin Michel

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