Doudou, pouce, tétine : y a-t-il un âge pour arrêter?

A 10 ans, Adrien suce encore son pouce et Noémie s’endort avec son ours en peluche. A cet âge pourtant, la plupart de leurs camarades ont lâché leur fameux « doudou ». L’utilisation prolongée du pouce ou d’un doudou est-elle le signe d’un manque de maturité, d’une anxiété de l’enfant?

A quoi sert le doudou?

C’est entre 4 et 12 mois, au moment précis où il réalise qu’il est un être distinct de sa mère que le bébé choisit un objet de prédilection, peluche, tétine, chiffon. C’est l’âge des premières séparations et le « doudou », fidèle compagnon, permet au petit enfant de faire le lien entre sa maman et lui, entre le connu et l’inconnu, entre son monde intime et l’extérieur. C’est ce que le psychanalyste anglais Donald Winnicott, a appelé « l’objet transitionnel ». « L’objet transitionnel représente pour l’enfant tout ce dont il est en train de se séparer, et en premier lieu sa mère » écrit la psychanalyste Claude Halmos dans son ouvrage Parler, c’est vivre (1). « Il lui donne, quand elle est absente, l’illusion rassurante de sa présence ». En effet, sa matière, son odeur évoquent pour l’enfant ce contact très intime avec sa mère.

Y a-t-il un âge pour s’en séparer?

Au fur et à mesure que l’enfant grandit, il/elle s’ouvre aux autres, élargit son univers et lâche progressivement le doudou. Pour certains psys, le besoin de sucer tétines, totottes et autres biberons au delà de 4/5 ans, est le signe d’une difficulté à « couper le cordon » avec la mère, un frein à l’autonomie et au développement de l’enfant. Mais tous ne sont pas de cet avis. « La question de la dentition mise à part, je ne pense pas – quel que soit l’âge de l’enfant ou de l’adolescent – qu’il y ait lieu de s’inquiéter le moins du monde », estime Arlette Colin, psychothérapeute. « L’évolution des enfants est loin d’être uniforme ; il est même habituel de voir se chevaucher les différents stades de développement psycho-affectifs », souligne Harry Ifergan, psychologue et auteur de 6-12 ans, l’âge incertain(3). En fait, l’important est de considérer l’enfant dans son ensemble. Se sent-il/elle bien à l’école? A-t-il/elle des copains ? Est-il/elle épanoui(e)? Retrouver son bout de chiffon pour s’endormir, sucer son pouce ou sa tétine n’ont rien de problématique. Ce sont des moments que l’enfant s’accorde pour décompresser, moments de détente, de ressourcement et de plaisir. Des petites régressions qui ne font pas de mal. Si en revanche, « l’enfant reste « bébé » sur tous les plans et de manière plus constante, sa maturité peut en être réellement ralentie. A force de repli et d’isolement, il s’éloigne des autres et renonce à verbaliser ce qu’il ressent », explique Harry Ifergan. Aux parents de chercher les causes de son malaise: besoin d’une plus grande attention de ses parents? Jalousie vis-à-vis d’un frère ou d’une soeur? Pression trop grande sur les résultats scolaires? S’il est le « petit dernier », peut-être ne s’autorise-t-il pas à grandir ?…Un conseil: ne jamais forcer l’enfant à se sevrer. S’il n’y est pas prêt, ce besoin ressurgira autrement: problèmes de sommeil, ongles rongés…

En savoir plus:

– Parler, c’est vivre, Claude Halmos, éd. Nil

– L’éducation des enfants, Camille Morel, en collaboration avec Arlette Colin, éd. Artémis.

– 6-12 ans, l’âge incertain, Harry Ifergan et Rica Etienne, éd. Hachette Littératures.Albums pour enfants

– Les doudous, Catherine Dolto-Tolitch, éd. Gallimard Jeunesse.