Internet: un remède à la timidité de nos ados?

Les chats ados font fureur sur Internet. A toute heure du jour et de la nuit, on y trouve des internautes connectés. On y discute de tout et de rien, surtout de sexe quand même… Une façon pour ces derniers d’assumer leur autonomie, de dépasser leur timidité et de faire des rencontres… sans réelle conséquence!

Etre un(e) autre…

Pour Marjorie Labrune, psychologue, « Internet assure un lien avec le monde au même titre qu’un objet transitionnel ». L’adolescence est un passage, celui de l’enfance à l’âge adulte, qu’il est toujours difficile de gérer. L’adolescent(e) doit assumer ses envies d’autonomie, les changements de son corps, de son tempérament, et les faire accepter en même temps à l’entourage, qui est parfois aussi largué que lui/elle! Internet présente alors un avantage de taille: on peut y faire l’expérience de la rencontre sans complexe. L’écran de l’ordinateur ne révélera ni la voix qui mue, ni les boutons ou les kilos en trop. Sur Internet, mieux que partout ailleurs, on est ce que l’on dit être. Lucie, 13 ans, qui découvre le chat « pour apprendre comment ça marche Internet », est complexée par ses kilos et son âge. Devant son PC, elle devient une jeune mannequin de 17 ans. Seb, 24 ans, dit manquer de culture et donc, de confiance en lui. Sur les chats, qu’il pratique régulièrement depuis 6 ans, il se libère, alors que « dans le monde réel, je ne suis pas trop timide mais je ne vais pas vers les autres », explique-t-il.

La réalité suit rarement le virtuel. La plupart des rencontres restent virtuelles. Les internautes ne font que passer, ils ont deux ou trois conversations, et se lassent au bout de quelques semaines. D’autres utilisent le chat pour essayer de faire de vraies rencontres, et dès qu’ils  » accrochent  » demandent à rencontrer la personne. Si la rencontre a lieu, la réalité casse souvent le lien qui s’était créé. La personne n’est jamais aussi belle ou intéressante que l’ado se l’était imaginé puisque, par définition, l’imagination va au-delà de la réalité. Rarement, mais cela arrive, une vraie histoire d’amour ou d’amitié y naît, parce que les deux internautes ont su dépasser le virtuel. C’est ainsi que Seb a rencontré sa copine, mais il admet qu’il ne connaît pas d’autre histoire comme la sienne: « la plupart des personnes, gars comme filles, viennent chatter pour le sexe ».

Un premier apprentissage des rapports homme/femme.

C’est effectivement pour expérimenter la sexualité sans honte que les ados profitent de la toile, se laissant parfois aller, avec une belle assurance à quelques débordements. Tel ce jeune garçon très poli et à peine pubère qui accueille tout pseudo féminin d’un viril:  » Coucou la puce, ça va coquine? ». Une manière de s’affirmer en tant qu’homme et de tester sans risque ce qui est apprécié -ou non- des filles. Pour Marjorie Labrune, « l’aventure internautique peut servir de tremplin vers une sociabilité plus développée, mais elle fonctionne en tandem avec le monde et ne peut se suffire à elle-même ».

Le danger, effectivement, est de ne pas savoir sortir de cet espace virtuel: aux parents de veiller à ce que leur enfant ne se retrouve pas enfermé dans un monde où l’on n’existe pas physiquement…