Le corps adolescent, ce mal-aimé

Quel rapport les adolescents entretiennent-ils avec leur apparence? A les voir maltraiter leur corps, en se gavant de sucreries ou de frites, en s’habillant de tissus synthétiques qui les font baigner dans leur sueur et sentir mauvais, on peut se demander s’ils ne font pas exprès de rendre leur corps si peu aimable. Pour Patrick Alvin, médecin pédiatre, chef du service de médecine pour adolescents au Centre Hospitalier Uni-versitaire de Bicêtre, au Kremlin-Bicêtre, la réalité est plus complexe. Explications.

Un corps qui s’impose

L’adolescence, c’est le moment des transformations physiques profondes en même temps que de l’éveil sexuel génital : « Le corps se dilate et devient  » bruyant « . Il devient un objet de grande préoccupation, y compris lorsqu’on l’enlaidit ; l’adolescent est toujours en question dans son corps, ; il n’y est jamais indifférent et a besoin d’être rassuré , » remarque Patrick Alvin, médecin pédiatre, chef du service de médecine pour ado-lescents au Centre Hospitalier Universitaire de Bicêtre, au Kremlin-Bicêtre. Car, en plus de s’allonger, le corps, parfois, s’alourdit: on ne prend pas bien la mesure de son volume, on ne sait plus comment l’habiller, on sup-porte mal ses odeurs …Dans L’adolescence, les années métamorphoses, Victor Courtecuisse écrit :  » Le sujet jeune risque de rencontrer le sentiment qu’il est privé de façon assez brutale des pouvoirs que l’enfant possédait sur son corps « . C’est un peu comme si l’adolescent visitait un nouveau  » domicile  » et en dressait l’état des lieux avant d’envisager d’éventuelles transformations. Car le corps ne répond plus comme  » avant « , c’est-à-dire avant la puberté, ce qui fait dire à Philippe Jeammet, psychanalyste, que  » la puberté est comme un passage à l’acte de la Nature sur l’Enfant ». A cela se surajoute un mal-être inconnu jusque-là : que ce soit par des symptômes menstruels, pour les filles, ou des poussées d’acné, ou encore des maux de tête inexpliqués :  » les tensions internes vont s’exprimer par le corps « , précise P. Alvin. L’adolescent se sent alors victime plus qu’acteur de sa propre anatomie.

Tester son nouveau corps

D’après Patrick Alvin, » Au moment de l’adolescence, l’individu a avec son corps un rapport qui restera unique dans sa vie, d’autant qu’il ne renvoie à aucune expérience antérieure ». Le corps devient le lieu de pratiques nouvelles et pas seulement sexuelles, comme par exemple fumer ….Mais ce qui s’apparente à une dynamique de destruction pour un observateur extérieur n’est pas vécu de la sorte par l’intéressé : « L’adolescent qui devient obèse, par exemple, n’a pas forcément conscience qu’il abîme son corps ; il dissocie le fait d’être gros de la demande de régime « , affirme le pédiatre. « Avant toute tenta-tive de régime contre l’obésité, il est nécessaire d’analyser la demande : vient-elle de l’adolescent ou de son entourage ? Rien ne sert de se polariser au départ sur la perte de poids ; il faut d’abord travailler sur l’estime de soi, afin d’amener le patient au plus près de sa motivation ». Finalement, à trop stigmatiser l’attitude négative de l’adolescent face à son corps, on risquerait de la fixer: mieux vaut renvoyer une image positive de lui-même à un individu encore à la recherche de soi.

EN SAVOIR PLUS

– Médecine de l’Adolescent, P. Alvin et D. Marcelli, éd. Masson.

– L’adolescence, les années métamorphose, Professeur Victor Courtecuisse, éd. Stock/ Laurence Pernoud

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *