Ado : quand le porno devient la norme …

Pas la peine de zapper, vous êtes cerné(e)s ! D’Ovidie vantant son Porno Manifesto sur toutes les chaînes de télé aux hardeuses starlettes de la Croisette à Cannes, impossible d’échapper à la déferlante X. Même la pub s’est mise au porno chic, tellement tendance. Un phénomène qui n’épargne pas les ados. Or la banalisation du X n’est pas sans conséquences sur leur comportement. Le docteur Patrice Huerre, auteur de Voyage au pays des adolescents chez Calmann Lévy tire la sonnette d’alarme.

Le porno, un miroir déformant de la réalité

Le porno touche particulièrement les ados à un moment charnière de leur vie, celui de la construction d’une identité. « Les ados, par définition, se cherchent eux-mêmes, en s’identifiant à leurs aînés, rappelle Patrice Huerre. Le risque majeur, c’est qu’ils considèrent le porno comme un modèle, alors qu’auparavant, ils rêvaient ou imaginaient leur future sexualité ». Un modèle qui conduit parfois à de tragiques dérives. « On a beaucoup parlé des tournantes, ajoute Patrice Huerre. Les jeunes qui commentent de tels actes n’ont pas conscience d’être criminels, parce qu’ils l’ont vu dans des films. Ils ne font aucune différence entre fiction et réalité ».

Quand la norme devient anormale

Avec ses stéréotypes – des filles toujours consentantes et soumises-, le porno déforme la réalité et crée un fossé entre les sexes « Chez le garçon, le porno va faire naître l’idée que ce consentement féminin est acquis, explique Patrice Huerre. C’est tout aussi dramatique chez les filles,qui se mettent à douter de leur propre comportement : elles qui pensent, à raison, que leur sexualité naîtra avec l’affect, l’amour, ont l’impression d’être coincées, anormales. Le porno est dangereux car il fait douter les ados normaux ». Une confusion des genres qui se traduit dans les comportements « On se retrouve avec des ados qui séparent catégoriquement sexualité et sentiments. On va rencontrer des ados fous amoureux d’une personne, avec qui ils ne couchent pas, mais qui par ailleurs auront une vie sexuelle débridée, mais sans amour ».

Parents : un rôle majeur à jouer

Chaque ado sera confronté au porno un jour ou l’autre. C’est malheureusement un fait acquis. A défaut de l’interdire, les parents peuvent cependant limiter ses effets. « Le rôle d’information des parents est primordial, souligne Patrice Huerre. Ils doivent expliquer la différence entre fiction et réalité à leurs enfants. Montrer que ce n’est pas la vraie vie. Que les hardeurs ne sont pas des gens qui s’aiment, mais des gens qui sont payés pour faire ce qu’ils font. Ils doivent absolument apprendre à leurs enfants à relier courant affectif et sexuel : l’un ne va pas sans l’autre ». Enfin, contre toute forme de brutalité, il est aussi du ressort des parents d’intervenir. « La question du respect de l’autre est centrale. Le problème n’est pas de savoir si on peut avoir des rapports avec plusieurs personnes à la fois, mais si ces personnes sont consentantes ». Tout un système de valeurs à construire ou reconstruire.

Pour en savoir plus

– Voyage au pays des adolescents, Patrice Huerre, Françoise Huart, ed. Calmann- Lévy

– Ni anges, ni sauvages : les jeunes et la violence, Patrice Huerre, éd. Anne Carrière

– La sexualité à l’adolescence, collectif dont Alain Braconnier, Marie Choquet, éd Fondation de l’enfance, Erès.

– La culture de vos ados, Gérrad Neyrand, ed. Fleurus

– Sexo Ados, Catherine Solano, éd. Marabout

– Le consensus pornographique, Xavier Deleu, éd. Mango document

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