Effet boomerang : critiquer, c’est se reconnaître !

Outre les critiques physiques et morales, les traits de caractère qui nous déplaisent tant chez les autres (« il est autoritaire, égoïste, hypocrite… ») sont aussi très souvent le miroir d’une partie de soi-même que l’on n’accepte pas et que les psy surnomment notre « part d’ombre »…

Critiquer c’est se reconnaître

« L’ombre est le petit frère obscur que nous portons en nous-mêmes mais que nous ne voulons pas que les autres voient, explique Guy Corneau, psychosociologue canadien. Pour éviter de percuter l’illusion de notre perfection, de notre innocence, nous nous débarrassons de ces dimensions d’ombre en les prêtant à d’autres personnes ». Si bien que nous nous retrouvons à blâmer les autres pour des tares qui sont tout simplement inconscientes chez nous. Voilà pourquoi il est si facile de « deviner » les tares des autres : en fait, ce sont les nôtres !

Tu m’irrites donc je suis…

Pour Corneau, l’irritation est en général le signe qu’une partie de soi a été projetée sur autrui. À partir du moment où l’on accepte de considérer que tout ce qui nous agace chez l’autre puisse être une partie inconnue de soi, s’écouter critiquer peut devenir le moyen d’un intense travail sur soi, et faire sienne sa part d’ombre: « En acceptant de reconnaître l’autoritaire, le menteur, le traître, l’hypocrite qui peut résider en soi, on acquiert un pouvoir sur ces formes d’expressions plutôt que d’en être victime quand les autres les incarnent. », explique-t-il. Jung appelait « confrontation » cette rencontre avec l’ombre. C’est dire si la chose est parfois difficile à encaisser.

Plus vous êtes médisant, plus on vous voit sous un mauvais jour…

A en croire John Skowronski, professeur de psychosociologie aux Etats-Unis, il y aurait urgence à se confronter à sa part d’ombre. Selon son étude sur la médisance publiée dans le « Journal of Personality and Social Psychologie », toute opinion – positive ou négative – émise à l’encontre d’une autre personne exerce un effet sur la façon dont les autres nous perçoivent. C’est ce qu’il nomme le « transfert spontané de caractère ».

Après avoir observé une attitude qui déplaît chez quelqu’un, vous dites du mal de cette personne: « Duschmoll est d’un égoïsme ! ». Automatiquement, ceux qui vous entendent vous attribuent inconsciemment le terme « égoïste ». « En d’autres termes, écrit John Skowronski, professeur de psychosociologie aux Etats-Unis(1), un politicien traitant un de ses opposants de corrompu peut lui-même être perçu comme malhonnête ». Ainsi, plus vous êtes médisant, plus les autres vous voient sous un mauvais jour: c’est l’effet boomerang dans toute sa splendeur. « C’est celui qui dit qui y est ! »Les auteurs de l’étude sur la médisance publiée dans le « Journal of Personality and Social Psychologie » suggèrent même que ce phénomène pourrait avoir joué un rôle dans les scandales qui ont ébranlés la Maison Blanche lors de l’affaire Lewinski. « Par exemple, notent-ils, à force d’avoir accusé Bill Clinton de parjure, Kenneth Starr lui-même a été perçu comme un menteur ». Idem, quand Linda Tripp affirmait que Monica Lewinski avait couché avec le président, les doutes quand à sa propre moralité se sont ouvertement posés. John Skowronski met cependant en garde contre une généralisation de ces résultats: « Les sujets n’avaient aucune information sur les personnes qu’ils étaient amenés à juger, l’étude ne s’applique donc qu’aux relations entre étrangers ». Nous voilà rassurés…

(1)Skowronski, J.J., Carlston, D.E., Mae,L.& Crawford,M.T. Spontaneous trait transference: Communicators take on the qualities they describe in others. Journal of Personality and Social Psychology.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *