Secrets, entre bien et mal

Le secret est bien ou mal

Quand ce n’est plus nous qui gardons un secret mais un secret qui nous tient… alerte! Serge Tisseron, psychanalyste, auteur de Secrets de famille, mode d’emploi (Marabout) nous donne des clés pour faire le tri entre bons et mauvais secrets.

– Les secrets de famille sont-ils toujours néfastes? Faut-il établir une transparence totale dans les familles?

Quand on parle de secret de familles, on a à l’esprit des choses dramatiques: les enfants à qui on a caché l’identité de leur père, la mort de leurs grands-parents, les circonstances honteuses de collaboration pendant la dernière guerre, des morts violentes, des suicides. Mais y a beaucoup de secrets de familles moins dramatiques qui eux aussi empoisonnent les familles et font souffrir plusieurs générations. Car les secrets de famille ont souvent des conséquence catastrophiques, non seulement pour les personnes qui s’imposent de les cacher, pour leurs enfants, mais aussi pour leurs petits-enfants et arrière petits-enfants.

Pourtant, il y a de bons secrets. Les secrets permettent à chacun d’avoir ce que nous appelons en psychanalyse et en psychiatrie, « une réalité psychique »: c’est-à-dire savoir qu’il y a des choses qui ne concernent que nous ; savoir que les autres ne devinent pas nos pensées. Les secrets permettent aussi de faire la différence entre notre vie intime, privée, que nous partageons avec quelques proches privilégiés, et la vie publique que nous partageons avec tous. Pour le fonctionnement psychique individuel et le fonctionnement social démocratique, les secrets sont une très bonne chose.

– Comment faire la différence entre les bons et les mauvais secrets?

La différence est donnée dans la langue française. On dit « garder un secret »: on est l’agent du secret, celui qui le fabrique. On dit aussi « être mis au secret »: on est alors victime du secret, on se sent tenu au secret, on a l’impression qu’une partie de soi est enfermée. On passe d’un bon secret, structurant, à un secret destructurant. Un secret est mauvais quand ce n’est pas un secret qu’on garde librement mais qu’on se sent obligé de garder. Ce n’est plus nous qui gardons le secret mais le secret qui nous tient. On perçoit cette différence parce que quand on garde librement un secret, on ne se pose pas la question de savoir si on doit en parler ou pas. Par exemple: chacun a une vie intime et ne se pose pas la question de devoir la raconter à ses parents, ses enfants, ses voisins et encore moins à la télévision. Donc, tous les secrets qui font notre vie quotidienne et qui sont structurants ne se partagent pas. Nous n’avons pas d’ambivalence.

Nous vivons toute la journée dans le secret et cela ne nous pose pas de problème.

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