Pourquoi les écrans séduisent-ils les garçons?

Les ordinateurs ont-ils un sexe? On peut se poser la question lorsque l’on sait que les femmes représentent seulement un peu plus du tiers des internautes. Quelques pistes pour en comprendre les raisons…

Les garçons seraient nettement plus attirés par l’ordinateur que les filles selon des études sociologiques (1) menées dans divers pays européens. Pour quelle raison? Il existerait, en réalité, plusieurs facteurs pour expliquer cette prédisposition. Tout d’abord l’éducation, toujours très différenciée selon le sexe de l’enfant.  » Les parents encouragent davantage leurs fils que leurs filles à se pencher sur l’ordinateur. Ils estiment important qu’ils possèdent des compétences informatiques pour leur futur métier « , explique Dominique Pasquier, sociologue au CNRS.  » Les comportements sociaux évoluent très lentement,renchérit Monique Brachet-Lehur, psychologue et psychanalyste (1). Mais, avec l’entrée de l’ordinateur à l’école, cela devrait peu à peu s’équilibrer « . Davantage captivés par les interfaces techniques dès leur plus jeune âge, les garçons éprouveraient, en effet, un plaisir tout particulier face aux jeux vidéo, qui requièrent un raisonnement inductif. Un attrait qui démarre vers 8 ans et atteint son apogée entre 9 et 12 ans.  » Ils ont un besoin important de domination, qui s’exerce sur les jeux vidéo et sur l’ordinateur « , remarque Monique Brachet-Lehur.

Les écrans ennuient les filles beaucoup plus vite

De leur côté, les filles s’intéresseraient davantage au relationnel et à l’émotionnel. Dans les mêmes tranches d’âge, elles consacrent ainsi plus de temps à téléphoner et à écouter de la musique que leurs homologues masculins.  » Les filles, et les femmes, ne sont pas dans un domaine matérialiste, estime Joël Bloch, psychologue. La technique les rebute. Non pas qu’elles soient inaptes à comprendre, mais cela les ennuie beaucoup plus vite « .  » Si elles apprécient de se pencher sur l’ordinateur ou la console de jeux, elles n’aiment pas y rester longtemps « , ajoute Dominique Pasquier. Conséquences: les réseaux de sociabilité qui se créent autour des jeux vidéo s’avèrent souvent très masculins. Et voilà une raison de plus pour rebuter les filles: pour bien jouer, elles auraient besoin de pénétrer dans un réseau, au sein duquel on se prête des jeux et échange des astuces. Or, difficile pour elles de s’intégrer dans un environnement très majoritairement masculin.  » Une fille qui va entrer dans un groupe de joueurs va se retrouver assez isolée, constate Dominique Pasquier. A cet âge, il s’avère très important d’être comme les autres. Or, elle va être marginalisée, alors qu’un garçon s’y fait des amis « . Mais les jeux vidéo ne seraient-ils pas spécifiquement conçus pour l’imaginaire masculin?  » Même pas, répond Dominique Pasquier : il y a une dizaine d’années, les fabricants de jeux ont réalisé d’importants efforts pour inventer des jeux qui intéressent les filles, sur la décoration, l’habillement, les poupées, et ça n’a pas fonctionné. Elles n’ont pas envie d’y passer des heures, c’est un choix d’investissement « .

Les garçons surfent et les filles planchent

Et sur l’Internet? Les études réalisées en Europe (1) montrent que son utilisation est, elle aussi, sexuée. Ainsi, les filles surfent moins que les garçons mais utilisent, par contre, davantage le courrier électronique, portées là encore par leur besoin de communiquer.  » Il y a quelque chose d’assez passif dans l’écran, remarque Joël Bloch. Or, les filles recherchent de l’interactivité. Les pronostics estiment que, fin 2001, 45 % des internautes seront des femmes. Ce qui s’avère énorme puisqu’il y a un objet traditionnellement masculin qui bloque l’entrée : l’ordinateur « . Si l’aspect technique a longtemps rebuté les femmes aux prémisses d’Internet, elles sont aujourd’hui, en effet, de plus en plus nombreuses à surfer puisque les interfaces se sont simplifiées, que les ordinateurs et surtout que les sites féminins et culturels se sont développés.  » Internet va devenir un média féminin, prédit Joël Bloch. Parce qu’il est interactif et très communiquant. Cela ne m’étonnerait pas que les femmes représentent 55 à 60 % des internautes d’ici quelques années « .

Valérie Bezard (1)Les jeunes et l’écran, revue Réseaux n°92 et 93, Hermès Sciences Publications.

(2) Monique Brachet-Lehur est l’auteur de Les écrans dévorent-ils vos enfants?, éd. Fleurus.

En savoir plus

Internet, un nouvel outil de communication, revue Réseaux, n°97.

L’enfant au siècle des images, Claude Allard, éd. Albin Michel.