Problème de couple : la femme contrôlante

Difficile d’évoluer sur un pied d’égalité dès lors qu’on est en couple. Claire en sait quelque chose: depuis des années, elle houspille  » l’infantilisme  » de son partenaire. Malgré tout, force est de constater qu’elle n’est pas victime de cette situation.

Explications.

Une perception du couple transmise par nos mères

 » Tel un petit garçon, je le rabroue sans cesse.  » lance Claire, 32 ans, désabusée. Cette jeune ingénieur en informatique vit aux côtés de Jacques depuis cinq ans. Depuis quelques mois, leurs rapports sont particulièrement tendus:  » Jacques ne prend jamais ses responsabilités. Il laisse pourrir les situations et je me bats quotidiennement pour qu’il assume sa part « . Claire a souvent l’impression de jouer les mères:  » C’est presque risible parfois. J’interviens pour qu’il se lave les dents le soir, pour qu’il remplisse ses feuilles de Sécu ou qu’il fasse ses comptes. C’est un vrai bébé « . La jeune femme redoute même l’éventuelle arrivée d’un enfant:  » Je me retrouverai avec deux gamins à la maison!  »

La frustration de Claire est palpable. Pourtant, elle n’est certainement pas victime de la situation. Société patriarcale oblige, nos mères sont devenues des femmes de devoir et de principes, qui faisaient régner l’esprit de sérieux dans la famille. Cantonnées aux casseroles et à l’éducation des enfants, elles perdaient vite le sens du jeu et du plaisir. Leurs désirs personnels se noyaient dans l’amertume d’avoir été délaissées par leurs maris.

À voir la vie par ce bout de la lorgnette, plusieurs de ces femmes ont fini par avoir une piètre opinion des hommes qui partageaient leur vie – au point de croire, comme Claire, que le premier enfant à élever est finalement son propre compagnon: « Les jeunes femmes apprennent à contrôler leur partenaire comme elles ont vu la mère dominer son mari, explique le psychosociologue Guy Corneau (1). Par la parole, par le sexe, par les plaintes, les soupirs et les humiliations, elles essaient d’éduquer leur compagnon à la relation « . Et l’entreprise est souvent vouée à l’échec.

Une véritable tyrannie

En réalité, bien des femmes ne se rendent pas compte à quel point elles peuvent être « contrôlantes », parce que cette coercition subtile avait pour nom « amour » dans les couples des générations précédentes. Ainsi, l’autoritarisme féminin est souvent demeuré inconscient :  » S’il s’agit de l’éducation des enfants et de l’intimité amoureuse, les femmes croient sincèrement qu’elles savent ce qui est meilleur pour tout le monde, reprend le psychosociologue spécialiste de la relation de couple. Mais lorsqu’une femme s’impose comme la seule spécialiste des sentiments dans une relation, elle fait en sorte de se retrouver malgré elle avec son père, cet homme silencieux et fermé « .

Ainsi, cette maîtresse-mère finit par exercer sur son homme une véritable tyrannie qui écrase au lieu de rallier : « La femme qui infantilise son mari finit immanquablement par se retrouver au bras d’un homme qui ressemble au père qu’elle a décrié pendant ses jeunes années : un homme mou qui manque de solidité et qu’elle ne peut admirer ». Par conséquent, elle ne pourra jamais se réaliser auprès de lui. Habituée à se considérer comme « victime », Claire ne se rend pas compte de son pouvoir opprimant. À cet égard, Jung a pointé à de nombreuses reprises que l’opposé de l’amour n’était pas la haine, mais le pouvoir. Alors avant de houspiller son partenaire, Claire devrait d’abord se remettre en question. Certes, l’exercice est bien plus difficile.

NOTES :

1. Guy Corneau, N’y a-t-il pas d’amour heureux ? , éd. J’ai lu.

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