Définition de l’ Equithérapeute

A S: Sylvaine Py, quelle est votre formation et qu’est ce qui vous a mené à l’équithérapie ?

S P: Durant mes études de psychologie, je pratiquais l’équitation et j’ai voulu mettre en lien ces deux disciplines.J’ai donc fait des stages d’équithérapie dont la formation est reconnue, même si le titre d’équithérapeute ne l’est pas vraiment.J’ai été intéressée par le fait de réfléchir et de prendre du recul par rapport aux effets empiriques souvent constatés en équithérapie. Je voulais mieux comprendre ce qui se jouait dans cette relation particulière, et réfléchir sur ce qui faisait que cela marchait.

Que peut permettre la relation au cheval ?

Le cheval est un moyen de communication pour nous. Mais quand on parle d’équithérapie, il ne s’agit pas que du cheval : il y a le lieu, le symbolisme du cheval, l’art équestre…Tout l’imaginaire qui concerne l’image que l’on renvoie aux autres est très important aussi : les enfants handicapés deviennent alors des cavaliers. Cette pratique restaure pour une part leur image. Avec les polyhandicapés en revanche, il s’agit déjà d’essayer de développer une identité, une conscience du corps et de l’identité propre. Ce qui est important c’est ce qu’il y autour, c’est à dire le désir du soignant. Il faut que le projet soit construit, que le thérapeute soit investi dans sa pratique. Le cheval permet une communication affective qui souvent ne peut s’effectuer lorsque l’enfant souffre de différents troubles. Les enfants psychotiques par exemple vont rentrer en relation avec le cheval et on ne pourra communiquer avec eux que par l’intermédiaire du cheval et de leur désir du cheval.

C’est le désir de rentrer en relation avec le cheval qui va motiver et pousser l’enfant à s’adresser au thérapeute pour que ce dernier l’accompagne dans son désir.Le plaisir se joue au niveau de la relation avec l’animal mais aussi sur l’animal. La première partie concerne l’approche du cheval (ou du poney), l’entretien de celui-ci… Ensuite l’enfant peut monter. Mais pour cela, il doit accepter les contraintes que nous lui apportons et que cette pratique exige : port du casque, règles à respecter avec le cheval : les psychotiques ont du mal à l’accepter mais justement, ce qui va les pousser c’est le plaisir qu’ils vont développer lors de leur rapport et de leur communication avec l’animal. C’est donc nous qui posons le cadre et les règles qui ont une fonction structurantes pour l’enfant.

Mais le cheval ne véhicule-t-il pas un sentiment d’imprévisibilité et de peur ? c’est un animal de grande taille pour un enfant, impressionnant : comment les enfants vivent-ils cela ? Sont-ils angoissés face à l’animal ?

Il est arrivé que des enfants aient peur, mais il s’agit de cas assez rares. Les peurs de ces enfants se localisent alors la plupart du temps autour de la tête et de la bouche du cheval.Dans ce cas, on invite l’enfant à s’occuper du corps de l’animal, à le brosser etc.Cependant, on remarque très fréquemment que ce sont les parents, les accompagnateurs ou encore l’institution qui portent cette peur. L’enfant, lui, va spontanément vers le cheval. Il faut prendre un poney adapté et c’est à nous de gérer le risque.

Quel investissement les enfants ont-ils sur le cheval ?

C’est très varié. Pour les handicapés moyen/léger l’animal représente souvent un être dont on peut tirer quelque chose pour se valoriser. Il va être utiliser pour devenir cavalier comme je disais tout à l’heure. Pour les polyhandicapés il est très difficile de savoir à quelle place ils mettent le cheval. Lorsqu’il y a des gestes et des regards vers l’animal c’est déjà très important.Ils investissent beaucoup le côté oral : lorsqu’ils souhaitent un câlin par exemple, ils ouvrent la bouche, mettent la main dans la bouche…A nous de surveiller !On retrouve aussi l’envie de maîtrise du cheval. Certains enfants insistent rapidement pour tenir eux-mêmes la longe.

Certaines pathologies sont-elles plus appropriées que d’autres à l’équithérapie ?

Il ne faut pas généraliser par pathologies. Il faut voir au niveau de l’enfant, de son histoire. Ce n’est pas parce qu’il sera autiste qu’un enfant sera forcément réceptif au cheval.Les enfants ayant un côté sadique n’ont pas du tout ce type de comportement face au cheval par exemple.Ce qui est sûr, c’est que lorsqu’un enfant est angoissé, on persévère quelques séances mais si petit à petit il n’ a toujours pas de plaisir, il y a contre indication car l’activité génèrera plus d’angoisse que de plaisir…

Qu’est-ce que l’équithérapie apporte principalement ? Que constatez-vous à ce niveau là dans votre pratique ?

Cela dépend des enfants. Pour les polyhandicapés avec lesquels je travaille beaucoup, l’équithérapie permet de développer une autonomie et des gestes volontaires. Au début, lorsque l’enfant est sur le dos du cheval il a des réactions d’ajustement postural, une adaptation au balancement. Un enfant qui était mou sur sa chaise se met à se tenir avec ses mains et son dos sur le cheval. Le travail va alors consister à développer petit à petit des gestes volontaires de la part de l’enfant.Ce qui est intéressant, c’est que des familles viennent voir leur enfant, que les éducateurs filment et montrent ces films aux parents. Or, en voyant l’enfant ainsi, l’image de ce dernier est restaurée dans l’esprit des parents…Le travail est souvent long… Mais nous avons des résultats très encourageants et allons créer d’autres groupes.Cependant, je suis convaincue qu’une large part de la réussite tient à la stimulation et à passion que le thérapeute met dans sa pratique et notamment de sa propre relation à l’animal…

Notamment des groupes pour personnes âgées, c’est cela ?

Oui. Nous avons un projet que nous soumettons aux institutions concernées, projet qui vise à proposer de l’équithérapie aux personnes âgées. Nous orientons notre démarche vers des personnes souffrant de pathologie type démence alzheimer, car des capacités physiques sont nécessaires. Mais nous partons du principe que si l’équithérapie permet de stimuler les potentiels et l’autonomie de l’enfant, cela pourrait aussi permettre de garder au maximum les capacités de communication et d’autonomie des personnes âgées.

Pour terminer, quels sont le ou les points qui vous semble importants et que vous souhaiteriez souligner ?

Un aspect qui m’a semblé intéressant de souligner est la notion de gestion du risque.En effet, l’enfant va utiliser le risque et vouloir le sentir.Pour les polyhandicapés, il y a le risque qu’ils tombent. Tous les accompagnateurs vont donc dans un premier temps entourer l’enfant et avoir l’idée de la chute en tête. Au début, ce maintien est nécessaire mais ce qui va être difficile à accepter par l’entourage de l’enfant, c’est de lâcher l’enfant et de laisser celui-ci autonome. Or il faut le laisser seul gérer son la situation à un moment donné, ou bien il n’ay a plus du tout d’effet thérapeutique. Ceci est plus facile pour nous que pour les éducateurs qui sont toute la journée avec l’enfant, qui partagent leur vie au quotidien, avec une relation de maternage, parfois fusionnelle.

Pour ce faire, il leur faut notre aide car l’enfant va aussi être acteur de cette séparation. Il va en jouer en se laissant glisser de son cheval par exemple lorsque l’éducateur va commencer à partir. C’est un cap pas évident pour les accompagnateurs.On donne ainsi à l’enfant l’occasion de ne plus être seulement qu’un enfant assisté. C’est porteur et enrichissant pour l’enfant ici d’être confronté à des risques, qu’il recherche souvent par ailleurs. Par exemple, l’enfant se laisse glisser et lorsqu’on accompagne la chute et qu’il se retrouve au sol, il y a des réactions de rires, ou de pleurs et de plaintes. Mais l’enfant a par cette expérience acquis une conscience du sol et de la hauteur du cheval.

Chrysalide Le site de l’association  » Chrysalide « , ( association dont les activités se destinent principalement aux personnes âgées), au sein de laquelle Sylvaine Py propose des séances d’équithérapie aux personnes du troisième âge.