L’animal de compagnie : miroir du maître?

Le maître et son animal de compagnie

Tel maître, tel chien ? Une expression populaire qui n’est pas si loin de la vérité.

« Pourquoi j’ai une passion pour les insectes ? Autant me demander pourquoi je suis ce que je suis. J’ai tellement voulu comprendre la raison de cet amour si violent qui me pousse vers eux. Et puis, j’ai fini par admettre un trait de mon caractère : l’attrait pour le bizarre, l’étrange et le mystère ; c’est peut-être cette attirance particulière qui m’a orienté vers les insectes, eux-mêmes créatures bizarres, étranges et mystérieuses ».

Rémy Chauvin, auteur d’Une étrange passion (1), n’a pas choisi les insectes par hasard. Ceux-ci lui ont toujours semblé  » familiers « , à tel point qu’il pense leur ressembler. C’est dire si l’attrait vers un type d’animal et plus encore la décision de posséder tel ou tel compagnon est un acte singulier et révélateur de notre personnalité. La fameuse scène des 101 Dalmatiens où chaque propriétaire est la copie conforme de son chien n’est pas totalement fictive. Loin de là.

Selon Marc Traverson (2), vétérinaire, l’observation attentive des assemblages homme-chien démontre que le choix d’une race ou d’un type de canidé permet au maître de se distinguer. Il dresse l’inventaire des grandes tendances du moment qu’il classe en familles au nom compliqués : le baba-cool « rusticanin » a un sympathique corniaud qui le suit partout ; le « pseudo-rusticanin » habite la ville rêve de grands espaces et possède un husky ou un samoyède ; le  » compétiteur canin  » participe à tous les concours de beauté et d’aptitude avec son chien de race d’un excellent pédigree ; le  » dompteur  » est un macho qui récupère les « délinquants canins » (pitt, rott, dogue ou doberman) pour les reprendre en main, etc. Difficile de ne pas se sentir visé à un moment ou à un autre. A quelle famille appartenez-vous ?

Une vitrine politique

Boris Cyrulnik (3), neuropsychiatre, voit lui aussi dans le chien ce qu’il nomme un « délégué narcissique ». Son choix parle du propriétaire. Pour lui, « l’animal de compagnie est un faire-valoir, faire-valoir pour soi, bien sûr, mais aussi et surtout, faire-valoir aux yeux des autres ». Le fait que 51% des Français (4) considèrent le labrador comme le compagnon idéal est à ce titre très révélateur. Fidèle, intelligent, élégant, bon, doux et tendre, on peut comprendre que beaucoup rêvent d’être associés à son image. Il est à tel point consensuel qu’il est devenu l’emblème du Président de la République. Valéry Giscard d’Estaing a inauguré la mode avec son labrador noir Jugurtha, et la chienne baltique est devenue une vedette nationale lors des funérailles de son maître, François Miterrand. D’étiquette sociale, l’animal de compagnie est même devenu … Une vitrine politique. Très forts ces politiciens.

En savoir plus

– 1. Une étrange passion. Une vie pour les insectes , Rémy Chavin, éd. Le Pré aux Clercs.

– 2. La vie privée des animaux de compagnie, Marc Traverson, éd. Albin Michel.

– 3. Essai sur le condition animale, Boris Cyrulnik, éd. Gallimard

.- 4.Sondage BVA/ 30 Millions d’amis, juillet 1998.

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