Présence des parents dans le tennis féminin: moteur ou frein à la progression et à l’épanouissement des joueuses ?

Une grand partie des meilleures joueuses mondiales sont systématiquement accompagnées de leurs parents. Pourquoi ? Avec quelles conséquences ?

Les explications de Makis Chamalidis (1), psychologue sportif sur le tournois parisien.

Entre le père tout-puissant (Capriati, Dokic, Pierce, Graf…), la mère poule (Hingis, Kournikova, Dementieva, Maleeva…) et la famille omniprésente (Williams, Sanchez, Kournikova…), les exemples ne manquent pas de joueuses toujours accompagnées par leurs parents sur les courts de tennis. Quels bénéfices en tirent-elle ? La présence des parents vise en premier lieu à dresser un rempart protecteur contre le monde extérieur.

Par ailleurs, ces parents ont, dans la plupart des cas, le mérite d’avoir appris à leurs enfants à être disciplinés. On peut, en effet, être la joueuse la plus talentueuse au monde, sans discipline, difficile de parvenir au sommet… D’autre part, le désir de faire des filles des championnes part d’abord des parents. Pour l’anecdote, savez-vous qu’à la fin des années 70, les parents Williams avaient déjà trois enfants, mais qu’ils ont décidé d’en refaire deux quand ils ont entendu, à la radio, qu’une joueuse de tennis venait d’empocher un chèque d’une somme considérable ?

Tu seras championne, ma fille !

Par conséquent, ces filles s’approprient le désir des parents. Tant mieux pour elles si elles y trouvent du plaisir. Mais pour certains parents, l’investissement sportif de leur fille prend une place plus importante dans leur vie que pour l’enfant lui-même. Tout alors devient plus compliqué: l’enfant sent le poids des enjeux au lieu de préserver cette légèreté dont il a besoin pour prendre du plaisir. Et que faire quand le bonheur initial de taper la balle disparaît ? Que faire quand on a l’impression de ne plus s’appartenir à soi-même, de pratiquer sa passion pour quelqu’un d’autre ? Comment vivre son adolescence ?

Comment faire les « conneries classiques » pour en tirer un enseignement et aller vers la responsabilisation, la maturité, l’âge adulte quand on est hyper-protégé ? Comment se dégager d’une emprise parentale axée sur une « procuration de réussite » ? Comment se dégager de la « dette générationnelle » et la culpabilité sous-jacente (« je n’ai pas le droit de les décevoir ») ? Il n’est pas surprenant que pendant cette période-là, la joueuse exprime alors ce conflit sur le terrain de tennis à travers des actes manqués (contre-performances) ou des manifestations psychosomatiques (blessures à répétition).

« Au secours, j’ai besoin d’une psychothérapie ! »

Dans la plupart des cas, le clash générationnel est programmé quand la fille cherche a rattraper son adolescence perdue, quand elle cherche à devenir une femme. C’est souvent à ce moment-là que les joueuses prennent d’ailleurs conscience de leur vrai potentiel. Parfois, elles vont même chercher l’aide d’un professionnel comme ce fut le cas de Jennifer Capriati. En 1993, un an après sa médaille olympique de Barcelone, la joueuse connaît une série d’ennuis avec la justice, plonge dans un état dépressif et quitte le circuit pour revenir en 1996 après avoir entamé une psychothérapie.

Dans ces cas-là en effet, un travail psychologique peut permettre d’exprimer et de canaliser des sentiments tels que l’amour ou la haine envers ces parents. Il s’agit aussi d’éviter la lourdeur des non-dits et d’apprendre à dire ce qui leur arrive afin de pouvoir renégocier une « bonne distance » avec eux. Si l’on prend l’exemple de la famille Capriati, on se rend compte que même les parents peuvent évoluer s’ils utilisent l’amour parental au service de leur épanouissement et de celui de leur fille.

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