Une psychothérapie permet-elle d’abandonner les antidépresseurs?

La psychothérapie peut-elle venir au secours de la chimie ou est-elle une alternative complète à la solution pharmaceutique?

En 1996, le ministère de la Santé dénonçait la surconsommation en France de somnifères et de tranquillisants. Un rapport mettait en cause la formation des médecins, notamment des généralistes, soupçonnés de prescrire trop facilement ces médicaments, le plus souvent parce que les patients le réclame. Or, la plupart des médecins sont d’accord: en situation d’urgence, il faut poser le diagnostic et soulager le malade. Cela passe le plus souvent par une prescription médicamenteuse. Mais, pour éviter que les angoisses resurgissent dès l’arrêt du traitement, tout psychiatre doit assurer un suivi. Et ce suivi peut (doit?) passer par une prise en charge psychothérapique. En ce sens, l’analyse ou thérapie est une alternative à la dépendance. D’ailleurs, pour éviter l’overdose d’antidépresseurs, psychotropes et autres anxiolytiques,  » les Français se tournent à nouveau vers la psychanalyse « . C’est en tout cas ce que titrait en  » Une  » L’Evénement daté de mai 1999.

On ne remplace pas un deuil par des pilules

Psychanalyste lacanienne, Catherine Millot mettait en garde, elle aussi, contre la prescription complaisante: « Je m’inquiète quand un généraliste a cru bon d’administrer le Prozac à une patiente pour l’aider à supporter la disparition de son mari. C’est important de faire le deuil. L’occulter, c’est s’exposer à un épilogue qui se révélera autrement plus douloureux. ». Les psychothérapies plus efficaces que les antidépresseurs? C’est aussi ce qu’affirme la revue américaine Psychotherapy and Psychosomatics. A partir d’une analyse globale de toutes les études menées depuis 1958, des psychologues ont découvert que, pour les dépressions même sévère, la prise en charge psychothérapeutique était aussi efficace que la prescription de médicaments à court terme et plus efficace à long terme: elle évite les rechutes parce qu’elle traite les causes psychologiques des problèmes à la source, et pas simplement ses conséquences neurophysiologiques.

Finalement, la très techno pilule blanche n’aura peut-être pas la peau de Papy Sigmund, même en France, championne du monde de l’antidépresseur.