Filles et garçons face à l’absence du père

Voir son père partir, et grandir sans lui est-il vécu de la même façon par les filles et les garçons? Questions à Jacques Arènes, auteur de Y a-t-il encore un père à la maison? (Fleurus).

L’absence de père au quotidien est-elle vécue de la même façon par les filles et les garçons?

Les tendances générales montrent que dans le cas d’une séparation, ou d’un deuil, ça se passe mieux pour les filles que pour les garçons. Certaines petites filles en solo avec leur mère s’en tirent remarquablement bien. Parce qu’elles acquièrent des gratifications du fait de grandir, d’êtres prises pour des grandes et parce qu’elles sont responsabilisées plus tôt. Pour elles, cela se passe plus mal au moment du remariage. Comme elles étaient bien dans leur relation à deux avec leur mère, l’arrivée d’un beau-père est plus complexe à gérer que pour les garçons.

L’absence de père est donc plus difficile à vivre pour les garçons…

Dans une relation mère-garçon il y a parfois de la violence, des relations conflictuelles et douloureuses que les mères ont parfois du mal à gérer seules – notamment quand les garçons arrivent à l’adolescence. Dans le cas d’une séparation et quand le contact avec le père est gardé, il est important que celui-ci puisse manifester sa présence et éventuellement prendre le relais. Il arrive que le garçon adolescent souhaite aller vivre avec son père. Ce n’est pas une mauvaise chose.

Dans le cas d’une séparation, le sentiment d’abandon n’est-il pas plus fort chez les filles?

Il y a sûrement quelque chose de cet ordre là! Une petite fille dans l’âge oedipien, et dans d’autres âges, doit probablement vivre cette situation comme un abandon, et s’identifier à ce que sa mère peut vivre comme un abandon. Car il y a un effet de miroir entre la petite fille et sa mère. Surtout lorsque la petite fille est enfant unique.

Quelle est l’importance de l’âge des enfants concernés?

Toutes les études montrent que plus l’enfant est jeune, fille ou garçon, plus c’est difficile à long terme. Plus la séparation se fait tard, plus l’enfant est structuré(e). Dans les séparations très précoces il faut faire attention à ses réactions à court et à long terme. Ce n’est pas forcément une mauvaise chose que les enfants réagissent très fort tout de suite. C’est à moyen terme que ça se passe.

EN SAVOIR PLUS:

Livre:

-Les petites filles. Tout ce que vous devez savoir pour élever une fille aujourd’hui (Stock) David Laskin, 1994

– Raising a Daughter, Jeanne Elium et Don Elium, Ten Speed Pr, 367p.

– Ces ados qui nous prennent la tête, (Fleurus) Jean Marie Forget, 1999