Phosy, 37 ans Montréal - Canada

Retrouver mon innocence

Ma vie repose sur l'angoisse et la culpabilité. Pourtant il est toujours possible de s'en sortir. À cinq ans, j'ai perdu ma grand-mère, elle a déposé sa tête sur mon épaule et elle est morte, doucement. Neuf mois plus tard, j'ai perdu mon grand-père.



Ma mère est tombée en dépression et j'ai eu peur de perdre ma mère, il me semblait que je perdais tous les êtres que j'aimais... J'ai commencé à être angoissée, il faut parler aux enfants mais personne n'a vu que j'en avais besoin. Ma mère a commencé à boire de façon régulière le soir. Certains soirs de mon adolescence, je les ai passé à écouter ma mère pleurer, me dire qu'elle désirait mourir, combien j'étais une bonne personne et j'en passe.



Mon frère de son côté me frappait souvent, prenait de la drogue. Mes parents travaillaient sept jours sur sept. À quatorze ans, j'ai été victime d'abus sexuels de la part de mon oncle et dès lors, mon père a perdu sa famille. J'étais devenue "la langue sale", la "salope", la coupable qui avait désuni notre famille. Mes parents m'ont cru par chance, mais pas mon frère qui a continué à voir cet oncle que je détestais.



À dix huit ans, j'ai quitté la maison familiale. Je voulais partir le plus rapidement possible. Je me suis retrouvée avec un copain violent qui me trompait et consommait de la drogue. Les relations qui s'en sont suivies avec les autres hommes n'ont guère été meilleures jusqu'à mes 26 ans.



À dix neuf ans, j'ai été agressée par deux de mes "amis"...depuis que j'ai vingt et un an, je fais des crises de panique, ou de culpabilité, je ne distingue plus la limite. Depuis mon enfance, je me répète ces phrases qui me jettent cette culpabilité au visage : "Si j'avais réagit plus rapidement, ma grand-mère ne serait peut-être pas morte. Mon grand-père n'aurait pas péri dans le feu et ma mère ne serait pas devenue dépressive..."



Ma vie a basculé à partir de ce moment de mon enfance. Bien que j'ai fait la paix avec mon passé et compris qu'il n'arrive rien pour rien, mon message est le suivant: Parler aux enfants, éducatrice de formation, j'ai compris l'importance qu’il y avait à expliquer aux enfants, même bébés, les choses qu'ils vivent, à mettre des mots sur leurs maux. L'imagination débordante d'un enfant est une bien belle chose, mais l'imagination peut aussi l'affecter au-delà de ce que nous pouvons percevoir.