psychonet
Adultère : retour aux sources avec Aldo Naouri

Un adultère n'est jamais anodin. Il constitue même le signal d'alarme d'un réel malaise dans le couple. Es-ce la perte du désir sous le poids de la routine ou un besoin profond de reprendre sa liberté qui est la cause de l'infidélité ? Pourquoi certains cèdent-ils à cet appel d’ailleurs, quand d’autres parviennent à y résister ? Pour tenter de dépasser ce paradoxe qui pousse dans un couple, un homme ou une femme qui se sont pourtant choisis en toute conscience, à tomber dans les bras d’un(e) autre, le pédosychiatre Aldo Naouri rend compte des ressorts multiples de l'infidélité.
Aux vues des souffrances générées par l'adultère, il est légitime de se demander pourquoi on persiste dans le besoin de tromper quelqu'un qu'on aime ?
Aldo Naouri :
La tentation adultérine est la chose la mieux partagée au monde. Nous vivons entourés d'êtres d'un autre sexe que le nôtre et qui souvent se révèlent attirants. Cela nous fait nous sentir désirants, autrement dit, vivants. Mais cela ne nous impose pas pour autant, sauf à céder à des phénomènes de modes, à franchir le gouffre qui sépare la tentation adultérine de sa mise en acte. Dans les pays où les femmes sont voilées, on sait la violence qui habite les hommes. Il n'est pas étonnant d'ailleurs que dans ces mêmes pays l'adultère des hommes soit puni différemment que celui des femmes, ces dernières l'étant de façon beaucoup plus sévère.

Est-il d'ailleurs vrai que les femmes soient plus infidèles que les hommes ou est-on tous "égaux" devant l'adultère ?
A.N :
Les statistiques démontrent le contraire et révèlent une beaucoup plus grande proportion d'hommes que de femmes pratiquant l'adultère. Mais comme il faut être deux pour cela, on imagine que les femmes répondent moins franchement que les hommes - eux font de ce type d'attitude une forme d'exploit alors que les femmes la vivent comme non dénuée de honte. Il n'y a pas d'égalité homme-femme devant l'adultère. Les hommes le pratiquent avec souvent une beaucoup plus grande légèreté, le cantonnant dans sa seule dimension sexuelle, alors que les femmes observent face à ce type d'évènement un comportement plus grave et plus responsable. Le fait provient de la manière dont homme et femme sont rentrés dans la vie. Portés tous les deux par une mère, donc une femme, ils gardent sur eux, du fait de l'expérience de leur vécu pendant la grossesse, une trace vivante de ce rapport. Pour un homme, toute femme qu'il rencontre, n'aura jamais que le rang deux, le rang un étant à jamais occupé par la mère. Les femmes n'ont aucune trace sur elles de leur père. Si bien que leur rencontre avec un homme aura toujours le rang un et effacera souvent toute trace du précédent.

Existe-t-il un gêne de l'infidélité ?
A.N :
Il n'existe pas de gêne de l'infidélité ou de la fidélité. La fidélité n'a rien de naturel. Elle a été instaurée par les sociétés qui ont inventé les cultures. Nous sommes dans le règne de la culture et non pas dans celui de la nature. Mais nous acceptons mal cet état de chose parce que nous restons soumis à nos pulsions profondes d'êtres de nature.
De fait, le rapport à la fidélité ou à l'infidélité se trouve forgé par le modèle parental qu'on a eu au dessus de soi et par la place qu'on a occupée pour chacun de ses deux parents. C'est la raison pour laquelle j'ai écrit mon livre, préoccupé que je suis de dissuader les parents de trop investir leurs enfants. Un enfant dont on fait le centre de sa vie se croira tout permis, croira que tout lui est dû et que tous les besoins qu'il ressent doivent absolument être satisfaits, la tentation adultérine s'inscrivant dans ce type de besoins.

Quel rapport faites-vous en temps que pédopsychiatre entre l'éducation des enfants et l'adultère qui ne concerne que les adultes par définition ? Et en quoi le modèle des parents prédispose à l'infidélité ou non à la maturité ?
A.N :
Je suis pédiatre. Les enfants ont des parents, lesquels peuvent plus ou moins être concernés par des relations extraconjugales. Dans ces conditions, les couples sont amenés souvent à se séparer. Et l'enfant, du coup, souffre de cette séparation. Il m'a paru important de veiller dans mon exercice professionnel à veiller au maintien de la bonne santé du couple. Une vie de couple est une véritable aventure semée d'embûches. Ces embûches sont l'occasion de crises qui peuvent conduire l'un ou l'autre des partenaires à l'infidélité. Or ces embûches s'avèrent fréquemment résulter de malentendus sur lesquels il est possible, avec un tiers, de revenir pour les lever. Il m'est apparu par ailleurs, comme je l'ai signalé dans d'autres réponses, qu'il est possible de résister à la tentation adultérine à condition de n'avoir pas été élevé comme un individu à qui tout est dû. D'où le souci que j'ai toujours marqué de faire privilégier à chacun des deux parents sa vie de couple avant celle de parent. Les enfants se portent toujours mieux dans ce type de disposition.

Pour Gérard Leleu, l'adultère est rarement causé par un problème sexuel dans le couple…
A.N :
Gérard Leleu a parfaitement raison. La relation sexuelle qui intervient est plutôt dans la tête que dans les organes eux-mêmes. On peut d'ailleurs être conduit à tromper un partenaire avec lequel on vit une relation sexuelle de grande qualité. Ce qui est recherché dans la relation adultérine est d'un autre ordre et s'il emprunte la voie du sexe, c'est parce que c'est la voie qui permet la plus grande proximité et la plus grande intimité.

L'adultère des parents se solde-t-elle par l'infidélité des enfants, à l'âge adulte ?
A.N :
De toutes les façons il est fondamental de tenir les enfants à l'écart de l'intimité de la vie des parents et en particulier de la vie sexuelle. Il n'est pas question de les associer d'une façon ou d'une autre à la problématique que peut poser un adultère et même de leur en faire état.

L'infidélité signifie-t-elle toujours que la relation avec son conjoint n'est pas satisfaisante ? Autrement dit trompe-t-on toujours pour combler un manque ?
A.N : c'est un cas de figure fréquent. Il existe des adultères qui ne sont pratiqués que pour assurer la durabilité du couple. Une frustration trop difficile à vivre peut être parfois contrebalancée par ce type de comportement.

Fantasmer sur quelqu'un d'autre constitue-t-il un acte d'infidélité ?
A.N :
Non, cela ne revient pas au même que le passage à l'acte réel. Le fantasme adultérin est sûrement la chose la plus fréquente et la mieux partagée au monde. Sinon qu'en serait-il des magazines people ? Etre infidèle dans sa tête est donc une chose banale qui ne concerne que celui qui la conçoit tandis que passer à l'acte implique la présence réelle d'une tierce personne qui prendra nécessairement sa place à l'intérieur de la relation du couple.
Je définis l'adultère comme mettant en jeu les organes sexuels, ceux-ci pouvant même avoir l'allure d'un cigare comme dans le cas de Bill Clinton. Un baiser par exemple ne me semble pas rentrer dans cet ordre de chose.

Enfin, rassurez-nous : un couple peut-il sortir indemne d'une relation adultérine ?
A.N :
Il arrive non seulement que des couples sortent indemnes d'un adultère mais que ce type d'accident les fassent repartir sur de bien meilleures bases. J'illustre le fait dans mon ouvrage en lui consacrant le long et dernier chapitre. Mais il ne peut y avoir d'issues de ce type que dans la mesure où chacun des deux partenaires s'interroge sur ce qui est arrivé.

Pour en savoir plus :
Aldo Naouri, Adultères, Odile Jacob


Propos recueillis par Natacha Lieury

Quelle amante se cache en vous ?

Question 1 / 11

Au lit, vous avez l'impression de toujours faire les mêmes parades amoureuses avec votre Jules. Vous :

Décidez qu'il est temps d'épicer un peu plus vos relations vous la couette.
Vous dites que c'est le prix à payer pour avoir des relations pleines de tendresse.
Vous dites qu'il est temps de changer de crèmerie.

A lire également :

Une école différente : une choix réfléchi ...

Séduites par des projets pédagogiques originaux, ravies de l'enthousiasme des équipes enseignantes et flattées par l'attention portée à l'individualité de le [...]

Savez-vous d'où viennent les sensations de &q ...

Il suffit d'entrer dans une pièce et de parler à quelqu'un pour avoir la sensation étrange d'avoir déjà vécu cette scène. D'où vient cette impression de "dà [...]

Le jeu de notre inconscient

Pourquoi est-il si difficile de décrypter nos rêves ? Gilles D'Ambra nous explique que les symboles oniriques renvoient à plusieurs explications selon le context [...]