Premier enfant : faites appel à une "doula"
Mélanie Schmidt-Ulmann : Figurez-vous que l'usage du mot "Doula" vient du grec ancien. Dans l'antiquité, la doula était une esclave au service des femmes lors de l'accouchement. Repris aux Etats-Unis, dans les années 70, le terme désignait un service global de soutien dédié aux femmes enceintes des premiers temps de la grossesse aux premiers moments avec bébé. Aujourd'hui, une doula a un rôle d’accompagnement des futures mamans pendant leur grossesse, leur accouchement mais aussi après pour les guider à travers leur maternité, leur nouveau rôle de maman comme par exemple pendant l'allaitement. La doula est aussi là pour répondre aux questions même les plus taboues, sur l'intimité de la femme, sur la sexualité avant et après l’accouchement, toutes les questions qu'on n'ose pas toujours poser à son gynécologue…
En quoi son rôle est-il différent de celui de la sage-femme ?
M.S.U : La doula ne fait pas d'accouchement. Le métier de la sage-femme est devenu très médicalisé. Maintenant elles sont vraiment là pour assurer le suivi médical de la femme enceinte du début de la grossesse jusqu’à l'accouchement. Le rôle de la doula contrairement à celui de la sage-femme n'est pas médical. C'est vraiment du soutien. La doula est une femme qui a été formée pour apporter confiance et bien-être, en plus des soins médicaux et de ceux de la sage-femme, qui reste indispensable. La doula, et j’insiste là-dessus, complète le rôle de la sage-femme.
Finalement, vous êtes un coach ?
M.S.U : On pourrait dire que nous sommes comme des coachs de la grossesse, même si en France, le mot "coach" fait hurler tout le monde. Il se trouve qu'en Angleterre, au Canada et aux Etats-Unis, ce métier ne porte pas à confusion. Il n'y a pas d'ambigüité entre son rôle et celui de la sage-femme. La doula est une profession qui est rentrée dans les mœurs depuis des décennies contrairement à la France.
En quoi consiste votre métier avec les mamans ?
M.S.U : La doula offre du bien-être, mais aussi de l’information à la future mère. La doula materne la future mère et la nouvelle maman (qui en ont besoin !).
On tisse un lien de confiance lors des rencontres prénatales qui durent en moyenne 2h30, où la doula aborde ce qui tient à cœur ou qui préoccupe la femme enceinte : lutter contre la douleur, apprendre à se relaxer, bien s’alimenter, préparer un plan de naissance, anticiper son allaitement… On apporte information et soutien à la femme enceinte en lui donnant des outils concrets et qu’elle soit ainsi active pendant sa grossesse et son accouchement. Qu’elle se sente actrice le jour de la naissance de son bébé !
Enfin, j'assure un suivi postnatal, ce qu'on ne peut pas faire avec une sage-femme car il dure plusieurs semaines après la naissance. J'offre un soutien à la carte, selon les besoins particuliers des parents.
Et j’anime des ateliers ouverts à toutes les femmes qui veulent préparer un plan de naissance, anticiper l’allaitement… En bref, préparer un point précis de leur maternité !
Vous êtes particulièrement utile pour les futures premières mamans ?
M.S.U : Oui. Je suis par exemple beaucoup de jeunes mamans, qui vont mettre au monde leur premier enfant. Il faut prendre son temps. Mes séances durent en moyenne au-delà de 2 heures. Il faut passer par beaucoup d'information et transmettre de nombreux petits outils pour gérer le stress des futures mères. Je ne leur dis pas que tout est dans la poche et que l'accouchement se fait sans problème. Je les informe, je leur transmets mon expérience et mes connaissances et à partir de là, on se prépare solidement au jour J et à l'après.
Et les pères dans tout ça ?
M.S.U : je ne les oublie pas, rassurez-vous ! Je m'occupe aussi des papas ! Lors de mes rencontres et ateliers pendant la grossesse et après, les pères sont présents. D'ailleurs, je constate qu'ils deviennent de plus en plus exigeants en termes d'information !
Vous dites avoir découvert ce métier en Angleterre et vous être formée au Canada. Le recours à la doula est-il fréquent dans ces pays contrairement à la France ?
M.S.U : On connait la doula en France. L'usage de la doula est très courant à Londres, où j'ai été suivie par une doula pendant ma grossesse là-bas. En Angleterre, vous avez de nombreux birth center, une autre approche de la grossesse donnant plus de choix aux futurs parents : le plan de naissance est un outil très répandu, on peut accoucher dans l'eau, être accompagnée de ses autres enfants le jour J... Les préparations relaxantes pour le bien-être avant l'accouchement sont plus courantes là-bas puisque ces pratiques sont beaucoup plus développées que chez nous. On a beaucoup plus de choix dans les pays anglo-saxon pour le suivi de la grossesse. En France on met encore du temps à développer cette tendance, même si on est en train d'y venir.
Pour en savoir plus :
Mélanie Schmidt-Ulmann, 100 réflexes allaitement, Leduc.S Editions
www.madoula.fr
Propos recueillis par Natacha Lieury
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