psychonet
Faut-il faire l'amour tous les jours ? Les réponses de Gérard Leleu

Il veut toujours plus et vous moins souvent ! Vous vous demandez si votre couple est normal, si la fréquence de vos rapports sexuels reflète votre capital bonheur à deux… La question de la fréquence des relations sexuelles est une angoisse pour presque tous les couples. Doit-on, pour être heureux, faire l'amour le plus possible ? Ou y a-t-il un quota en matière de sexe ? Le sexologue Gérard Leleu, auteur de Le Traité des Orgasmes, nous répond…
Y a-t-il une bonne fréquence pour faire l'amour ? Un quota par mois ?
Gérard Leleu : Le problème de la fréquence est un problème redoutable. Il est certain qu'il est intéressant de savoir en moyenne combien de fois les gens font l'amour par semaine. Mais le premier danger est d'imposer aux gens une norme, car en dehors de cette norme, on ne se sent pas normal, on commence à faire des complexes. Cela peut d'ailleurs entrainer des conflits dans le couple, des reproches… Ces normes sont finalement dangereuses.

Paradoxalement, on a l'impression que les facteurs de stabilité d'un couple, font décroître l'érotisme et le désir ?
G.L : Oui. Le rôle de l'orgasme est psychologique. Il est antistress et anxiolytique. Du fait de la production de neurohormones (la dopamine, les endorphines) au moment de l'orgasme, le corps ressent un grand bienfait sur le plan psychique. Donc il se peut qu'on veuille se soulager en faisant l'amour. On en revient à la symbolique de l'union entre Eros et Thanatos, c'est-à-dire, faire l'amour pour se rassurer sur ses angoisses.

Comment trouver le bon équilibre alors ?
G.L : La fréquence est soumise à quantité de paramètres. Il faut absolument en tenir compte. Il faut donc adapter la fréquence à la situation ou aux personnes en cause. Le premier paramètre à considérer pour la libido est l'âge des partenaires. Mais vous avez aussi l'âge du couple, la capacité physique, la relation dans le couple, la santé physique, la santé psychologique…
Si chez des adultes jeunes on peut considérer que la moyenne est deux ou trois fois par semaine, on ne peut pas non plus l'exiger de quelqu'un de cardiaque ou de 60 ans. Donc dire à quelqu'un, "il faut faire l'amour 3 fois par semaine !", cela n'a pas de sens.

Les hommes ont-ils plus "envie" que les femmes ?
G.L : C'est le grand débat ! Effectivement la fréquence va dépendre de l'envie. Mais c'est une généralité de dire que la femme a moins de désir que l'homme, car vous avez des femmes libidinales, qui ont beaucoup d'envies. Inversement, il y a des hommes qui ont très peu envie de faire l'amour. Il faut donc rendre compte des exceptions.
Néanmoins, le désir de la femme est sûrement plus fluctuant par rapport à la libido masculine, à cause des règles, des changements de cycles, de l'ovulation… Mais en moyenne, la femme a moins d'envies. J'en parle dans mon Traité des Orgasmes et c'est dû au fait qu'on ne différencie pas assez l'orgasme clitoridien du vaginal. Il ne s'agit pas de ressusciter les vues de Freud par rapport à cela. Je ne donne aucune espèce de valeur supérieure ni à l'un ni à l'autre. La femme est ainsi capable par elle-même d'avoir un orgasme dans 99% des cas. Pourtant avec un homme, ce n'est que dans 45 % des cas. C'est moitié moins ! Le problème de la femme est donc de se demander pourquoi elle s'unirait à l'homme, quand elle peut avoir un orgasme par elle-même et que lui s'en charge si mal alors.

Les hommes et les femmes ont donc une libido qui a du mal à s'accorder ?
G.L : Vous pointez ici le problème du décalage du désir. Le drame du couple est d'avoir des désirs décalés, l'un par rapport à l'autre. On peut avoir des quantités de libido, mais pas forcément en même temps. De plus, chacun naît avec un besoin d'orgasmes plus ou moins important. Une fois par an, une fois par mois à une fois par jour… Il faut en tenir compte pour expliquer la libido d'une personne.

Pourquoi y a-t-il donc tant de différences entre désir féminin et masculin ?
G.L : Ce qu'il y a de quasiment dramatique, ce sont les illusions que se font beaucoup d'hommes qui pensent que les femmes n'ont pas d'envies. La véritable explication est que seulement 3 femmes sur 8 arrivent à l'orgasme par le coït vaginal. C'est tout à fait dramatique de voir que plus de la moitié des femmes n'obtiennent aucun plaisir par la pénétration. C'est le plaisir qui facilite l'action. Si l'on fait un même geste et qu'il ne donne pas de plaisir, on n'a plus d'envie ou d'intérêt à le faire. C'est pareil quand on fait l'amour. En ce qui concerne la fréquence, elle dépend de la façon dont on fait l'amour.

Comment peut-on alors sortir de cette incompatibilité sexuelle ?
G.L : Pour que ces femmes aient envie de faire l'amour, il ne faut pas qu'elles soient prises pour des objets. Il y a un minimum d'adoration à montrer de la part de l'homme. Il faut arrêter avec le toucher de tacticien dont la femme n'est pas dupe. Avant de foncer sur le sexe, on s'occupe de l'ensemble du corps. L'homme doit offrir des caresses des pieds à la tête. La sexualité passe par la sensualité. Dans l'érotisme chinois, c'est grâce à la maîtrise de l'éjaculation, qu'on peut faire l'amour autant de temps que l'on veut. Cela s'appelle le Tantrisme. Quand on enlève tous les rituels et dogmes associés au Tantrisme, on peut parler de "La caresse intérieure", chose que la plupart des Européens ont complètement évincée de leur sexualité.

Pour en savoir plus :
Gérard Leleu, Auteur de comment la rendre folle (de vous), disponible aussi en version homme, Leduc.S Edition


Propos recueillis par Natacha Lieury

Couple : faites-vous assez souvent l'amour ?

Question 1 / 0

A lire également :

Il/Elle ne veut pas aller à l'école...

Tous les matins, c'est la crise de larmes pour ne pas aller à l'école ? Traumatisante pour un jeune enfant mais aussi pour les parents qui ne savent plus quelle a [...]

La boulimie

La boulimie (bulimia nevrosa), profil type et définition.

Vacances familiales : évitez les prises de bec !

Ça y est, c'est décidé, vous partez rejoindre toute la tribu dans la maison familiale ! Parents, frères, soeurs, cousins, oncles, neveux ont signé aussi... Pou [...]