La migraine : comment ne plus se prendre la tête ?
Vous n'êtes pas médecin, mais psychologue, pourquoi avoir été à l'initiative de la création de l'institut du mal de tête ?L'idée de créer un endroit consacré au traitement des maux de tête date d'il y a dix ans. J'étais à l'époque psychologue en entreprise chez Total et je m’étais rendue compte que certains de mes collègues avaient souvent mal à la tête et qu’ils en souffraient énormément au point de devoir quitter leur travail en pleine journée pour rentrer chez eux.
7 millions de personnes touchées par la migraine pour la France seule, cela parait énorme !
Cela représente en effet 10 % de la population. Et c'est un problème qui touche absolument tous les continents. Ce sont autant les femmes que les hommes qui sont touchés par ce mal, même si les hommes sont moins enclins à s’en plaindre et à consulter (52% chez les femmes et 48% chez les hommes) Les femmes sont un peu plus souvent touchées car, au moment de leurs règles, elles subissent un changement hormonal brutal à cause de la chute du taux d'œstrogènes. Ce changement brusque, sur un terrain migraineux, déclenche souvent une migraine. Le mal de tête touche aussi les enfants même très jeunes. Enfin, il faut savoir que la migraine évolue avec l'âge et chez la femme, avec le cycle hormonal : il y a des périodes où les crises se multiplient et d’autres au contraire où elles se calment.
Quelle est la différence entre une approche psychologique de la migraine et une approche médicale ?
Il n’y a pas de différence. Ce sont deux approches complémentaires. Je ne peux pas travailler sans médecin et normalement, le médecin devrait pouvoir s’appuyer sur le psychologue, à condition qu’il soit formé aux problèmes de céphalées chroniques. Je pense en effet que la migraine est une maladie tellement douloureuse qu'on ne peut soulager la souffrance que par des médicaments. Mais pour que les médicaments puissent donner toute leur efficacité, ils doivent être accompagnés d’un soutien psychologique au traitement.
Qu’entendez-vous par le soutien psychologique au traitement ?
Les gens qui viennent me voir ont déjà vu beaucoup de médecins, mais souffrent toujours de maux de tête. Ce n'est pas un problème de compétence de la part des médecins, mais plutôt de temps passé avec le patient. Dans ma méthode, on prend le temps. Le temps de faire connaissance, de situer le patient dans son environnement (études, famille, activité professionnelle, autres problèmes de santé), le temps pour le patient de pouvoir parler de ses maux de tête, le temps aussi pour moi d'expliquer ce qu’est la migraine, comment elle fonctionne en théorie et pourquoi et comment il faut prendre ses médicaments.
Dans mon diagnostic, je commence toujours par situer la personne dans son environnement familial et social. Il y a deux choses que je tente d'interroger, à savoir la vie de la personne et l'histoire de sa maladie. J'essaie de comprendre comment la maladie va s'inscrire dans l'histoire personnelle du patient.
Pourquoi la migraine n'est-elle pas plus prise au sérieux par les médecins généralistes ?
Cela, c’est vous qui le dites ! Il est possible que la migraine ne soit pas considérée par les médecins comme une maladie, parce qu'on n'en meurt pas. Il est possible aussi que ce soit le résultat d’une négligence au niveau des études médicales car ce n’est que depuis peu que la migraine est reconnue comme maladie migraineuse et enseignée dans certaines facultés de médecine.
Pour ma part, je n’aurais pas pu ouvrir l’Institut du mal de tête sans le docteur Valade, neurologue, aujourd’hui en charge des Urgences Céphalées à l'hôpital Lariboisière, qui après m’avoir reçue de nombreuses fois à son bureau et m’avoir délivré une véritable formation sur la migraine, m’a donné son aval pour fonder l’Institut du mal de tête et m'a aidée dans mon projet.
Pourquoi souffre-t-on de la migraine ?
Diverses théories ont été avancées pour expliquer la migraine. Il s’agit en fait d’une maladie très compliquée qui se manifeste par une vasodilatation des vaisseaux de la tête, et une excitation des terminaisons des fibres du nerf trijumeau. On a parlé d’orage vasculaire et neurologique. Le caractère familial du terrain migraineux a été maintes fois constaté. Les douleurs qui surviennent par crises sont extrêmement impressionnantes et déstabilisantes pour l’individu. Dieu merci, après la crise, le sujet retrouve un état complètement normal.
Y a-t-il des facteurs favorisant la multiplication des crises de migraine ?
Ce n’est pas le stress qui est la cause d’une migraine. Les sources d'inquiétudes diverses (deuil, divorce des parents, travail, etc..) ne peuvent pas générer une migraine, mais ils peuvent être à la source d’une multiplication des crises chez un sujet migraineux, tout comme l’abus de médicaments. Je suis donc très attentive aux facteurs de stress.
Pour diminuer le stress causé par la migraine je fais avec mes patients beaucoup de pédagogie pour qu’ils comprennent comment fonctionne la migraine en général et comment elle fonctionne dans leur cas particulier. J’apporte aussi une aide psychothérapeutique car il faut savoir que la migraine est une maladie très difficile à vivre. Il est donc nécessaire de faire prendre conscience à la personne qui consulte de la manière dont la migraine fait son apparition et des situations qui déclenchent les migraines. Plus une personne est stressée et plus ses migraines se multiplieront. C'est un cercle vicieux car la peur d'avoir une migraine angoisse beaucoup.
Quelle est votre technique pour parer aux migraines ?
Je fais tenir à mes patients un calendrier des douleurs, très simple mais très efficace, qui retrace les moments de migraine, le degré de douleur, l’efficacité des médicaments, les évènements qui ont coïncidé avec la crise de migraine. Ce calendrier permet aux patients de coucher sur le papier leurs douleurs, les médicaments qu'ils ont pris, les circonstances de survenue de la crise. Avec eux, je peux analyser ce qui marche ou pas, leur faire prendre conscience de la pertinence de leur prise de médicaments, de les faire changer de comportement, de les rassurer. Ce sont finalement au bout du compte, les patients eux-mêmes, qui comprennent ce qui déclenche leurs crises de migraine ou ce qui contribue à les intensifier.
Quel est l'avenir de votre institut ?
Au départ, le concept de l'Institut s'inspirait de ce qui se pratique dans les services de psychiatrie : le travail en équipe et la réunion hebdomadaire de synthèse avec tout le personnel soignant au sujet du même patient (médecin, infirmières, rééducateurs et même le cuisinier). Au départ, je voulais donc m'entourer d'un corpus de médecins aux compétences diverses : un neurologue (pour la tête), un cardiologue (pour la circulation sanguine), un endocrinologue (pour les hormones), un gastroentérologue (puisque les migraines sont souvent accompagnées de nausées), un rhumatologue (car les migraineux souffrent souvent dans la zone cervicale ou occipitale), voire une esthéticienne pour la détente. Hélas, l'Ordre des Médecins s’est opposé à une collaboration dans les mêmes murs entre psychologues et médecins. C’est pourquoi l’Institut du mal de tête est finalement devenu un institut de psychologie qui collabore avec les médecins, ceux-ci, étant à l’extérieur, dans leurs services d’hôpitaux ou en libéral. Mon idée à présent est de former d'autres psychologues à ce métier passionnant de médiateur entre le malade et le médecin à l'Institut du mal de tête.
A savoir :
Migraine avec ou sans aura
On distingue la migraine avec aura et la migraine sans aura.
Dans les cas de migraine avec aura, des signes précurseurs de la céphalée (du mal de tête) apparaissent, souvent spectaculaires, mais sans gravité : il s’agit de phénomènes visuels, auditifs ou moteurs ou simplement d’un malaise indéfinissable. L’aura annonce la crise de migraine : c’est le moment où les vaisseaux sanguins se contractent avant de se dilater. Quand le mal de tête s’installe, c’est la migraine. C’est le moment de prendre un médicament de crise.
*Marie-Paule Lagrange
Psychologue et Fondatrice de l'Institut du mal de tête
Auteur du livre « Maux de tête chroniques, comment les soigner »
Créé en 1998, l'Institut du mal de tête met la psychologie au service du soulagement des migraines et des autres maux de tête chroniques.
Renseignements pratiques
Institut du mal de tête :
54 avenue Hoche, Paris 8ème
Consultations sur rendez-vous pour enfants et adultes.
Consultations sur place, par téléphone ou par email (voir le site)
Tel : 01 56 60 52 43
Contact : institutdumaldetete@wanadoo.fr
Site : www.institutdumaldetete.com
Propos recueillis par Natacha Lieury
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