Ils auraient pu être psys : André d'Anselme, prêtre
Quand on lui parle de son sacerdoce, le père Anselme a le sens de la formule. Comme partout en France, ses ouailles avignonnaises ne se pressent pas pour aller à la messe. Mais cette désertion des sacristies ne l'empêche pas de travailler "la pâte humaine" comme il dit joliment. Autres temps, autres moeurs. "Les gens viennent me voir pour parler de leurs relations aux autres. Plus les moyens de communication se développent, moins on les entend, plus ils sont seuls". Pourquoi tant de solitude mal vécue jetée à la face d'un prêtre plutôt qu'à l'ombre du divan d'un psy ? Le père a sa petite idée. "Je peux tout entendre et je ne me présente jamais comme celui qui sait. Je suis simplement celui qui cherche, rassure, réfléchit avec eux". C'est pourquoi, à la manière d'un accoucheur d'âmes, pèlerin attentif, tolérant et clairvoyant, il aime faire un bout de chemin avec ceux qui se livrent. Profession : accompagnateur spirituel. A l'écoute de tranches de vie.
De technicien commercial agricole à éleveur d'âmes
Drôle d'itinéraire pour un homme qui, avant d'être ordonné prêtre il y a 10 ans s'était lancé dans un BTS de technicien commercial agricole ! "Je faisais beaucoup de marketing, je connaissais toutes les techniques de conditionnement pour vendre des petits pois (...)". Et d'ajouter, non sans malice: "Quand j'ai changé de boutique, je n'ai pas oublié la démarche commerciale que j'avais acquise". Las, très vite, le père Hervé d'Anselme comprend que tout ce qui touche à l'âme humaine est plus compliqué que le marketing de bas étages en usage dans les hypermarchés. "Il faut écouter l'autre, savoir l'accueillir, peu importe qu'il aille ou non à l'église", confesse-t-il.
Comment soulage-t-on les âmes en détresse ? "Au cours de ma formation de séminariste, j'ai reçu quelques cours de psychologie. Mais c'est surtout avec le temps que j'ai mieux entendu l'autre dans une relation à trois, lui, Dieu et moi"... Un coeur gros comme un confessionnal et un immense désir d'apaiser les souffrances font le reste. Aujourd'hui, il accompagne une vingtaine de personnes et trouve que leur nombre ne cesse d'augmenter. Comme croisse le nombre de confessions individuelles depuis 5 ans.
Une volonté de fer
Depuis deux ans, le père Hervé d'Anselme est frappé d'une grave maladie, évolutive un "Canada dry de myopathie" dit-il d'une pudique pirouette verbale. Elle ne lui permet plus d'aller à la rencontre des autres. Qu'à cela ne tienne, il les invite à la table de la paroisse Saint Ruf à Avignon. Et puis, poussé par des amis qui le voyaient sombrer dans la maladie, il a découvert il y a deux ans la magie de l'Internet. Une révélation. Fasciné, il fonde un site et exerce désormais aussi sa vocation via la toile. "J'y passe près de 6 heures par jour. Je me suis aperçu qu'il y avait, chez les connectés, une attente énorme et avec beaucoup de prétention, le site que j'ai créé a l'objectif de leur répondre". Résultat : Plus de 3000 passages en 1 an et demi, et plus de 400 personnes qui, depuis, lui posent plus ou moins régulièrement des questions sur les choses de la vie. "Elles partent de choses souvent très matérielles du type quelle prière dois-je adresser au bon Dieu pour retrouver mes clés de voiture ? Je m'interdis de faire des réponses méchantes. Je sais que ce n'est qu'un début, qu'elles auront ensuite autre chose à dire".
Créer la conftion de prêtre virtuel
Ecrire comme on se confie. Ecrire comme on écoute. De fait, les propos ne sont finalement qu'une façade pleine de pudeur et d'appréhension. Une sorte d'embryon de SOS émanant aussi bien de Canadiens, Japonais, Réunionnais, Libanais... et de Français. "Je reçois des boîtes de chocolat à Noël et j'accueille volontiers à Avignon ceux qui veulent ensuite me rencontrer" plaisante le prêtre. Mieux : le père Hervé d'Anselme a un souhait, que soit créée la fonction de prêtre virtuel, à l'image des prêtres-ouvriers ou du curé de campagne. Pour l'instant, c'est le silence du côté de sa hiérarchie mais il a formé l'Evêque de son diocèse au Net. Une sacrée évolution, presque une révolution ! Pour lui, il est temps que l'Eglise tende la main aux internautes, car, dit-il, "il nous faut aller là où se trouvent les gens plutôt que de les attendre dans nos sacristies. L'Evangile a du prix à mes yeux et je me sens obligé d'aller le crier sur tous les toits". Y compris donc sur ceux de la toile !
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