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Prénom, un choix pour la vie

Le prénom fait référence à toute une histoire familiale et culturelle et il semble difficile d'y échapper, même si l'individualisation a changé la donne. Les psychosociologues affirment que, malgré une certaine quête d'originalité dans le choix du prénom, c'est toute l'histoire personnelle et culturelle de l'individu qui est alors mise en scène. Donner un prénom, c'est aussi donner la vie : lors d'un accouchement, l'enfant "appelé" naîtrait plus facilement. Même si l'on nomme aussi pour soi, par projection narcissique...
Prénom : continuité ou rupture ?

On choisit souvent de donner un prénom à son enfant comme une marque de soi-même. Parfois, on lui transmet consciemment un héritage familial. Dans d'autres cas, on essaie au contraire de s'en défaire et l'on recherche l'originalité. "Pourtant, on ne porte jamais qu'un prénom choisi par d'autres, toujours chargé de leurs désirs et de leurs projections, souligne Jean-Gabriel Offroy, psychosociologue.


Difficile d'être original

Autrefois, on choisissait le prénom de son enfant dans un souci d'intégration à un groupe. Aujourd'hui, c'est l'individualisation qui prime. Pourtant, les chercheurs affirment que l'originalité est rare. Les travaux de sociologie montrent en effet assez clairement, que ce sont les mêmes prénoms qui sont donnés sur une même période. "A l'entrée en maternelle, les parents s'aperçoivent d'ailleurs souvent que leur choix a été le même que des tas d'autres parents, explique Jean-Gabriel Offroy, psychosociologue. Pourquoi ? Parce qu'ils baignent dans une culture et un ensemble de modèles sociaux qui inconsciemment sont projetés sur l'enfant".

La continuité d'une histoire personnelle

La mode dicte donc fortement nos choix en matière de prénom. Mais c'est souvent l'histoire des parents et de leurs familles qui est déterminante : "On choisit des prénoms que l'on croit nouveaux ou originaux dans sa famille, et on s'aperçoit finalement qu'ils ont été portés par un aïeul. Inconsciemment on le sait, même si on l'a apparemment oublié...", poursuit Jean-Gabriel Offroy. Des propos confirmés par Joël Clerget, psychologue, psychanalyste et auteur de Mon nom, cet obscur objet du désir (éd. L'école des parents) : "On aime souvent un prénom parce qu'il "résonne" dans notre histoire. Il est lié à nos relations, à nos rencontres... tout un faisceau de déterminations qui sont personnelles, historiques et relativement inconscientes. Même quand on choisit un prénom que l'on veut très original, celui-ci est porteur de la marque que l'on veut donner de sa place et de ses enfants dans sa famille. Régulièrement, quand on se veut en rupture dans le choix du prénom, on est donc en continuité avec son histoire personnelle".

Une nécessaire synthèse

Cette "impossibilité" d'échapper à son histoire est commune à toutes les sociétés. Chez les Inuit, peuple chasseur du cercle polaire, le prénom est d'ailleurs une âme qui se transmet, une composante du foetus... "Si on y regarde de près, le prénom qu'ils donnent à leur enfant est celui de la soeur décédée, du père, avec qui on avait une relation spéciale... Même dans une civilisation qui parait figée avec un ordre prescrit, il y a aussi ce jeu du désir, cette possibilité d'exprimer son affection, faire le deuil...", note Jean-Gabriel Offroy. Aux parents donc de se montrer inventifs lorsqu'ils choissent un prénom ... tout en tenant compte du passé. "Les parents se trouvent face à une série de contradictions et doivent opérer la synthèse entre l'ancien et le nouveau : distinguer quelqu'un, le rendre unique, et en même temps l'intégrer dans un groupe, une culture, une tradition", conclut le spécialiste.

Nommer pour faire vivre

L'espèce humaine est la seule espèce connue où chaque membre possède une appellation qui lui est "propre". Et, selon Jean-Gabriel Offroy, auteur de Le choix du prénom (éd. Hommes et Perspectives), le prénom est un passeport pour la vie...
"Quand il y a une difficulté au cours de l'accouchement, quand la mère hésite à pousser, je lui dis : est-ce qu'il faut qu'on l'appelle ? Comment on l'appelle ? Et le bébé arrive alors plus vite", explique une sage-femme exerçant dans une unité de néonatologie en région parisienne. Des propos confirmés par Jean-Gabriel Offroy, psychosociologue, dès lors qu'il évoque la pratique des Inuit, peuple chasseur du cercle polaire : "En cas d'accouchement difficile, la vieille femme qui assiste la future mère souffle des noms à son oreille ou l'aide à en formuler, explique-t-il. Quand l'enfant reconnaît son nom, il sort. Parce qu'on l'a "appelé"."

Un prénom pour transmettre

Pour le spécialiste, donner un nom, c'est en effet donner la vie. "L'homme est un être de désir, explique Jean-Gabriel Offroy. La naissance de l'enfant est le résultat d'un long processus culturel et affectif. L'enfant merveilleux existe dans l'imaginaire parental bien avant l'enfant de chair. Le prénom permet de nommer le désir d'enfant, de mener à terme "l'enfantasme" de ses parents. Il permet aussi d'accueillir un enfant réel qui va s'opposer au fantasme, à l'enfant imaginaire. Il va ainsi s'imposer comme un être à part entière, comme une personne autonome, qui pourra vivre sa vie en son nom propre". Un processus de maturation qui prend ses racines bien avant la gestation. La thèse de Jean-Gabriel Offroy est la suivante : en naissant, on contracte une dette vis-à-vis de ses parents qui nous ont donné la vie. Le seul moyen de s'acquitter de la dette, c'est de faire naître à son tour. Quand on fait un enfant, on attend qu'il fasse la même chose. En nommant son enfant, on s'attend à ce qu'il réponde au projet contenu dans le prénom. Le prénom vient inscrire symboliquement ce don : "C'est comme si l'enfant se disait : "Je reçois un héritage et j'ai obligation de le transmettre : ce n'est pas pour moi, je suis juste un maillon dans une chaîne" ", note le psychosociologue. Le prénom serait donc la marque de cette transmission qui court à travers les générations.

Nommer pour soi

Choisir le prénom de son enfant n'est pas un acte anodin : que se joue-t-il donc à cette occasion ? Quels en sont les enjeux , pour soi et pour le couple ? Quelques explications.

Un désir...

Autrefois, des règles familiales, sociales et religieuses ordonnançaient l'attribution des prénoms : le choix en revenait aux parrains, aux marraines, aux corporations. Cela participait naturellement à un appauvrissement du genre... "Aujourd'hui, on discute davantage du choix du prénom parce qu'on est dans une société plus individualisée et plus subjectivée, analyse Joël Clerget, psychologue, psychanalyste et auteur de Mon nom, cet obscur objet du désir (éd.L'école des parents). En nommant, on fait acte de subjectivité. On se montre, on s'engage. A travers le choix du prénom, on veut quelque chose pour son bébé et pour soi aussi. C'est un acte extrêmement intime de reconnaissance. En nommant, on engage son désir narcissique : comme les images d'un rêve, les prénoms que les parents choisissent sont l'expression symbolique du désir refoulé, la représentation d'un manque que l'enfant réel ne pourra jamais combler", poursuit Jean-Gabriel Offroy, psychosociologue. Et comme le remarque finement le spécialiste, la tendance actuelle est à faire un enfant "pour soi" et non plus pour les générations antérieures, coupant ainsi le lien trans-générationnel. "L'emprise est encore plus forte : le prénom devient un prénom narcissique, une projection de soi, une nouvelle naissance à travers son enfant et donc quelque chose de très lourd pour l'enfant", explique-t-il.

Un choix à faire à deux

Joël Clerget et Jean-Gabriel Offroy s'accordent à penser que le fait de verbaliser autour des prénoms envisagés permet de prendre de la distance par rapport aux projections que l'on fait sur l'enfant, mais aussi que la teneur du dialogue reflète la relation entre le père et la mère. "C'est le débat au sein du couple qui permet d'accéder au symbolique, l'intervention du tiers dans la relation fusionnelle, écrit Jean-Gabriel Offroy. Souvent d'ailleurs, la femme exprime sa déception quand son compagnon ne s'intéresse pas davantage au choix du prénom, qu'il ne manifeste pas clairement un désir. Le père joue plus volontiers un rôle de censure, en refusant les prénoms qui lui paraissent trop marqués. La démission d'un des parents peut s'expliquer selon les cas par le contexte culturel ou par l'équilibre des forces au sein du couple". Ainsi, discuter permet de parler de ses rêves et de ses désirs pour l'enfant que l'on attend : "Plus le prénom finalement choisi sera celui des deux parents, plus il rendra compte de la multiplicité, de l'ambivalence et de la contradiction des désirs, et plus il s'ouvrira à la reconnaissance de l'altérité et de la liberté".*

En savoir plus...

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- www.prenoms.com
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