psychonet
RTT et temps libre : comment en profiter ?

Stress, surmenage, vie professionnelle et familiale à concilier : autant de facteurs qui nous poussent à bout. Dans ce contexte, l'avènement des 35 heures nous permet aujourd'hui de souffler, de prendre du recul, mais aussi de nous adonner à des activités enrichissantes... sans être lucratives ! A condition, bien sûr, de savoir profiter de ce "nouveau" temps libre. Témoignages et avis d'experts - psychologue comportementaliste et sociologue -, pour faire le point.
Oisiveté ne rime pas avec fainéantise

Les périodes de temps libre semblent nécessaires à notre équilibre psychique. Et ne riment pas forcément avec voyages ou loisirs. Car l'oisiveté, propice à la méditation, est loin d'être la mère de tous les vices. A condition, bien sûr, qu'elle ne soit pas synonyme de vacuité...

Le farniente, essentiel pour se retrouver...

La vie active, souvent trop active, est une grande cause de souffrance. Les périodes d'oisiveté, - week-end, vacances -, sont donc salutaires pour préserver notre équilibre. "Nous autres, psychologues, n'aimons pas beaucoup l'expression "ne rien faire", précise François Lelord. Je parlerais plus volontiers de "périodes de relâche", essentielles dans les vies surmenées. Les vacances sont alors l'occasion tant attendue de se retrouver, de se libérer de son stress, de passer du temps avec sa famille, de se détendre". Temps libre ne rime pas forcément avec voyage ou dépaysement. "Le temps libre, poursuit François Le Lord, peut aussi être employé à méditer. Ce qui n'est pas en soi une activité "oisive" : la méditation est souvent définie comme une période sans but. Or, elle en a un, même s'il ne rapporte rien matériellement, qui est de mieux parvenir à se connaître et à percevoir le monde". Pas question dès lors de parler de perte de temps.

... à condition de ne pas rimer avec "vacuité"

Longtemps décrié et apanage exclusif des classes dirigeantes, le temps libre a fini par séduire toutes les classes de la population française, des congés payés de 1936 à l'adoption de la loi sur les 35 heures. Or, loin des images d'Epinal des Français à bicyclette sous le Front Populaire, le temps libre n'est pas toujours perçu comme un moment positif. "L'oisiveté peut malheureusement conduire à la solitude, explique François Le Lord, si elle signifie rester dans sa vacuité. Je ne parle pas du fait de rencontrer des amis dans un café par exemple, ce qui n'est pas en soi une activité lucrative, mais un moment partagé, social, qui apporte donc beaucoup. Mais si la personne se retrouve seule, elle se sent rapidement exclue. Il ne faut pas oublier que nous sommes avant tout des êtres sociaux fabriqués pour avoir un but. Pendant des millions d'année, ce but a été de chasser ou de cultiver la terre pour survivre et se nourrir. Cette perte de sens, de recherche de "but", peut donc faire souffrir". Pensez donc à prendre vos RTT en même temps que vos amis !

En quoi le temps libre peut-il être source d'anxiété ?

Notre société présente spontanément le temps libre comme un temps béni, ouvert, riche en possibilités pour "se réaliser". Or, à cette vision idyllique, sociologues et psychologues opposent une réalité beaucoup moins béate. Et si le temps libre était un temps de dépression et d'angoisse ? Les regards croisés de François Lelord, psychologue comportementaliste et de Daniel Mothé, sociologue et auteur de L'utopie du temps libre, chez Esprit.

Le temps libre est-il une valeur en soi ?

Daniel Mothé : Le temps libre est une utopie bourgeoise. Cela vient de la manière dont les intellectuels abordent la question. Ils s'adressent à des gens qui ont de l'argent et un capital culturel. Or, une part importante de la population ne dispose pas d'un tel bagage. Le temps libre est un modèle, pas une norme. Un modèle par ailleurs tiré vers le haut, détenu par le marché, notamment celui des industries culturelles et du tourisme. Prenons un exemple, le ski. Ce n'est pas l'activité sportive qui est mise en valeur, mais ce qui va autour : le voyage jusqu'aux pistes, le chalet, le matériel... Bref, une activité onéreuse que les jeunes, notamment en banlieue, ne peuvent se permettre. Les gens sont certes globalement satisfaits des 35 heures. Mais ils appartiennent à la classe moyenne. La réduction du temps de travail ne résout pas les inégalités sociales mais les creuse encore davantage. Le plaisir du temps libre n'a pas à être élevé au niveau d'un principe politique. Qu'on en fasse une utopie, ça me révolte.

Au-delà de cet aspect purement économique, en quoi le temps libre peut-il devenir une source d'angoisse ?

François Lelord : Quand on étudie les facteurs du bien-être, il apparaît souvent qu'ils proviennent pour une grande part d'activités dirigées vers un but. Pas forcément lucratif, cela peut-être le bricolage, la pratique d'un sport, d'une activité culturelle, ou encore l'engagement dans une association. Cette recherche de "but" est une des conditions sine qua non de l'équilibre psychique. Mais pour y parvenir, il faut un certain capital social et économique. Ce " bagage culturel " ne doit pas être entendu dans sa seule acception bourgeoise : il peut s'agir de pêche à la ligne. Or, si la campagne est relativement épargnée par la déprime liée au temps libre car il y a un rapport à la nature qui permet de développer un certain nombre d'activités, - promenades, cueillettes des champignons... -, les milieux urbains sont beaucoup plus sensibles au problème de l'oisiveté. On se retrouve vite à zapper devant sa télé par manque d'apprentissage d'une activité autre que celle du travail. Le travail structure, fixe des buts. Certaines personnes, parfois déprimées, ont du mal à développer de l'énergie au repos. Souvent un peu pessimistes et manquant de confiance en elles, elles ne sentent pas la capacité de réaliser des choses. Le temps libre devient alors une véritable source de souffrances.

Et comment faire pour surmonter cela ? Si on ne dispose pas de cet " apprentissage culturel " en amont ?

François Lelord : On peut espérer que des amis vont entraîner ces personnes vers des clubs ou des associations. Mais cela suppose que la personne qui souffre de son oisiveté prenne l'initiative de suivre, ce qui témoigne d'une certaine confiance en soi. Or, certains n'en ont pas la capacité. Pour résoudre ce problème, je vois deux choses : en amont d'abord, il faut que, dans l'éducation des enfants, on apprenne ce goût de faire des choses, dans un domaine où l'enfant se sente à l'aise, sans forcément qu'il pense à en faire son métier. On peut aussi se tourner vers les pouvoirs publics qui fournissent déjà pas mal de portes d'entrée aux citoyens. A Paris, notamment, un bon nombre d'activités sont proposées par les associations ou les mairies...

En savoir plus...

- L'utopie du temps libre, Daniel Mothé, éd Esprit : le résultat de réflexions et d'analyses après des travaux de recherche auprès des jeunes de banlieue.
- L'estime de soi, François Le Lord et Christophe André, éd. Odile Jacob
- Mythologies, Roland Barthes, éd. du Seuil : un essai passionnant du célèbre sémiologue pour aller plus loin et décrypter l'idéologie de la culture de masse moderne.

Ils sont passés aux 35 heures : que font-ils de plus ?

Horaires quotidiens ou hebdomadaires réduits, congés payés en plus, annualisation du temps de travail ... Les modalités de passage aux 35 heures sont nombreuses et les effets de la loi varient souvent en fonction de l'âge, du sexe et des attentes des salariés... Petit tour d'horizon chez nos concitoyens.

Gare au stress !

Anne, 35 ans, responsable des grands comptes dans une banque : "Quand nous sommes passés aux 35 heures, début 2000, j'étais ravie : 11 jours de congés supplémentaires par an, je n'allais pas me plaindre. Mais très vite, je me suis rendue compte des limites de ce "cadeau" : tout le monde veut prendre ses RTT en même temps, lors des vacances scolaires ou pour allonger les ponts, et ils faut bien que d'autres restent pour faire tourner la boutique ! Ces jours-là, il y a donc une surcharge de boulot incroyable, il faut faire le travail de deux ou trois personnes en un temps record. Un stress que je n'avais jamais connu auparavant. Mais il ne faut pas noircir le tableau : les jours où c'est à mon tour d'être en congés, c'est vraiment le bonheur. J'ai deux enfants de 7 et 5 ans, et j'en profite pleinement. Je peux faire un tas d'activités avec eux, être vraiment disponible".

La vità è bella

Stéphane, 29 ans, informaticien : "Pour moi, les RTT, ça a changé littéralement changé ma vie ! J'aime bien mon métier, mais c'est comme pour tout : passer ses journées devant un ordinateur, ça finit par lasser. J'adore le ski et la musique. J'avais un peu abandonné la guitare quand j'ai commencé à travailler. Avec les RTT, je peux me permettre des week-ends prolongés à la montagne, et j'ai aussi monté un petit groupe de musique, juste pour le plaisir. C'est un peu cliché, l'hiver sur les pistes, l'été comme la cigale, la guitare à la main, mais c'est bien réel. Vraiment cool les RTT !".

Du temps libre imposé

Yvonne, 46 ans, caissière dans une grande surface : "Je dois reconnaître que les RTT, ça m'a permis d'avoir enfin un CDI : la semaine passant à 35 heures, les patrons ont bien été obligés d'embaucher. Avant, j'étais en temps partiel, presque un temps complet, mais grâce aux RTT, j'ai plus de sécurité dans mon travail. Dans les supermarchés par contre, ce n'est pas comme dans les bureaux : il y a des périodes de plus ou moins grande affluence : à la rentrée, avant Noël, pour les soldes ou les grandes vacances, les magasins sont pleins. Pas question de prendre des congés à ce moment-là, de toute façon, on n'a pas le choix, c'est la direction qui impose les périodes où on peut prendre ses congés. Dans ces périodes de forte activité, je travaille donc bien plus que 35 heures par semaine, parfois les jours fériés : je suis épuisée. Et quand je peux prendre des congés, ce n'est pas forcément quand mes amis ou mes enfants sont disponibles. C'est dommage, car j'aimerais en profiter davantage !".

A lire également :

Bien dormir : les signes qui ne trompent pas

Selon l'Institut National du Sommeil et de la Vigilance, 30% des Français sont en mal de sommeil. Comment savoir si notre qualité de sommeil est bonne ? Voici tou [...]

Chromopsychologie : relooking en profondeur...

Josy Mermet et son équipe de stylistes et maquilleuses officient depuis une quinzaine d'année dans un grand magasin à Paris. Pour vous rendre beau/belle, plus qu [...]

Les troubles obsessionnels compulsifs

En France, plus d'un million d'individus souffrent de troubles obsessionnels compulsifs, soit 2 à 3 % de la population. Rituels de lavage, de ménage, de vérifica [...]