Cheftaine du couple !
"Il se peut bien que les dynamiques de domination soient en voie de renversement et que l'avenir appartienne aux femmes comme le passé appartient aux hommes". La remarque est du psychosociologue canadien Guy Corneau (1). Pour ce grand spécialiste du couple, le balancier est peut-être en train de passer d'un extrême à l'autre. "Gloups", pourraient penser les hommes ! Le témoignage de Myriam, 29 ans, le confirme : "Ma mère a toujours été dépendante de mon père, explique cette jeune régisseuse. Et ce, à tous les niveaux : psychologiquement, financièrement, matériellement...". La jeune femme admet avoir reproduit ce schéma lors de sa première rencontre amoureuse, avant de faire marche arrière : "Je ne veux pas de cette fusion avec mon partenaire. Aujourd'hui, je mets un point d'honneur à défendre mon territoire becs et ongles. Ce qui a toujours pour effet de déstabiliser très fortement mes partenaires. De peur de me perdre, ils s'accrochent aux branches. Du coup, c'est eux qui deviennent dépendants de ma personne. Je crois avoir inversé les rôles".
Qui est vraiment vulnérable ?
Le patriarcat a tenu les femmes en état d'infériorité pendant de nombreux siècles. Mais il ne s'agirait là que de la surface des choses. Dans le clair-obscur de l'inconscient, ce serait tout le contraire : "Par compensation, une conviction de supériorité règne chez la femme, explique le Canadien. Chez les hommes, on retrouve exactement le contraire. Beaucoup d'entre eux croient en leur prééminence, une croyance soutenue par la culture patriarcale depuis l'enfance". Mais cette supériorité affichée cacherait une grande vulnérabilité et une réelle dépendance. Les statistiques confirment d'ailleurs une telle interprétation : trois fois plus d'hommes que de femmes souffrent de problèmes d'assuétude : "Il faut croire que la soi-disant virilité masculine n'est souvent qu'une parure qui masque une grande dépendance".
Une lutte pour l'équilibre
D'un point de vue psy, "porter la culotte" signifierait avoir un ascendant psychologique sur son partenaire: en clair, devenir symboliquement son "père" ou sa "mère". Or, par le biais du féminisme, la femme se serait doucement rendue plus "contrôlante". Toujours plus à l'aise sur le terrain affectif et privé, elle exerce inconsciemment une sorte de dictature au sein de son couple: "S'il s'agit de l'éducation des enfants et de l'intimité amoureuse, les femmes croient sincèrement qu'elles savent ce qui est meilleur pour tout le monde", reprend Guy Corneau. S'imposant comme la seule spécialiste des sentiments dans une relation, elle s'autoproclame doucement "chef du couple". Pour éviter de s'installer dans un rapport de force, l'homme et la femme doivent par ailleurs "lutter" pour ne pas reproduire entre eux les relations mère-fils et père-fille qu'ils connaissaient enfants. Seule une vigilance accrue peut donc permettre l'égalité psychologique des partenaires...
NOTES :1. Guy Corneau, N'y a-t-il pas d'amour heureux? , éd. J'ai lu.
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