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Saint Valentin : ne plus avoir peur de dire je t'aime

"Je t'aime"... Difficile parfois de prononcer ces trois mots minuscules. Laura, 29 ans, est en couple depuis un an. Même si elle se dit "très amoureuse", elle semble incapable de se déclarer ou le fait, dit-elle, "du bout des lèvres". Un blocage? "Oui, répond-elle, un vrai". Pourquoi est-ce parfois si difficile de dire je t'aime quand on est en couple ? Gonzague Masquelier nous aide à y voir plus clair sur cette auto-censure qui gâche bien des Saint Valentin...
"Dire "Je t'aime" ne m'a pas toujours bloqué", prévient cette jeune secrétaire de rédaction. "Je dirais même: au contraire. En fait, j'ai un peu fait les choses à l'envers puisque je me suis mise en couple très jeune, dès l'âge de 14 ans. A l'époque les "je t'aime", ça y allait. A l'âge de 25 ans, je suis difficilement sortie de cet amour fusionnel: dépression, antidépresseurs et enfin, thérapie. Un travail grâce auquel j'ai pu me forger une identité, défusionner et devenir indépendante. D'où mon angoisse aujourd'hui. Quand on me dit "je t'aime", j'entends "tu m'appartiens". Du coup, je ne peux m'empêcher d'angoisser, comme si on voulait "m'enfermer" à nouveau. Surtout, j'ai l'impression d'être obligé de lui renvoyer la pareille, comme s'il fallait toujours faire écho à une déclaration sous peine de froisser. Avec Thomas, mon ami, cela nous pose quelques problèmes. Moins je me déclare et plus lui me dit qu'il m'aime. Face à lui, il a soit un mur, soit un sourire ou un baiser, soit, au mieux, un "moi aussi" soufflé du bout des lèvres. Lui se sent frustré - et moi, gênée. Parfois, cela nous pèse".

Quand "Je t'aime" passe à la trappe
Difficile de croire que les mots "Je t'aime" puissent susciter de telles incompréhensions. Et pourtant... Quand il existe un réel décalage comme dans ce couple, la frustration est souvent au rendez-vous. "Généralement, et je le vois de façon assez flagrante chez mes patients, ce sont les femmes qui reprochent à leur partenaire de ne pas suffisamment se déclarer", remarque le thérapeute Gonzague Masquelier (1). "Traditionnellement, les hommes, plus "visuels", sont davantage dans l'action et parlent moins. Les femmes, plus "auditives", s'expriment plus volontiers et mettent des mots sur leurs émotions. Les statistiques confirment cette impression: en moyenne, la femme verbalise neuf mille mots par jour, les hommes trois mille". Et dans le lot, les "Je t'aime" passent souvent à la trappe du côté des hommes. "Mais finalement, quelle importance?", s'interroge le thérapeute pour qui vouloir à tout prix s'entendre dire "Je t'aime" relève du fétichisme. Car cela ne signifie rien en soi. On peut très bien se sentir amoureux sans pour autant le dire - et bien sûr le dire sans pour autant le ressentir. "Avoir le sentiment que l'autre le dit trop ou pas assez ou se sentir soi-même bloqué à l'idée de prononcer ces mots, revêt un sens qu'il faut explorer", suggère le thérapeute. Laura semble avoir mis le doigt sur ce sens: la peur de s'engager, "d'appartenir" à quelqu'un.

Là, maintenant, je t'aime
"Mais ne pas vouloir ou pouvoir le dire peut aussi cacher une sorte de traumatisme", indique le thérapeute. Et bien des raisons peuvent y conduire: des parents qui n'ont jamais su dire "je t'aime", une moquerie la première fois que ces mots ont été prononcés... De leur côté, les maniaques des "Je t'aime", à l'image de Thomas, peuvent angoisser à l'idée d'être abandonnés. Pour se rassurer, ils désirent s'entendre dire qu'ils sont aimés, désirés.
De plus, ces mots n'ont pas la même signification pour tous. D'où certaines incompréhensions au sein des couples: " Il faut s'interroger sur la notion de durée qu'il y a derrière ces mots là, suggère Gonzague Masquelier. Pour certains, "je t'aime" se situe dans l'ici et maintenant. La personne ressent une bouffée d'amour et de désir et le dit: "Là, maintenant, je t'aime". Pour d'autres, ces mots s'inscrivent dans la durée: dans leur esprit, c'est pour toujours". D'où l'angoisse de Laura. Pour elle, "je t'aime" renvoie à une notion d'éternité. Or, elle le dit, elle a décidé de rester maître de son destin et de vivre ses amours au jour le jour. Et le principal n'est-il pas d'en avoir conscience?

1. Gonzague Masquelier est directeur de l'Ecole parisienne de Gestalt (EPG), et auteur de Vouloir sa vie, la Gestalt-thérapie aujourd'hui, éd. Retz, 1999.

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