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Crise conjugale : quelle attitude adopter ?

Ginette Lespine, conseillère conjugale et thérapeute, est spécialiste dans l'analyse et la résolution des crises des couples. Selon elle, une crise est une preuve de dynamisme. Le seul moyen à ses yeux de la dépasser : l'affronter.
Dans un couple, on parle souvent de la crise des trois ans, sept ans, dix ans. Qu'en pensez-vous ?

Ginette Lespine : Les crises ne sont pas liées au nombre d'années passées ensemble. Elles interviennent à chaque changement de situation. Elles peuvent se manifester la première année ou la quinzième. Mais elles sont faites pour être surmontées, il s'agit donc d'une dynamique. Ce qui rend la crise pathologique, c'est le débordement, l'explosion. Plus on est rigide ou figé sur des principes, plus la relation risque d'exploser.

Quels sont ces "changements de situation" ?

G.L. : Le première est la fin de la période fusionnelle. Durant la fusion, on tolère de l'autre beaucoup de choses. Au fil du quotidien, cette tolérance s'amenuise et se fissure. En même temps, chacun des deux partenaires perd ses illusions : l'autre n'est pas celui que l'on croyait. Un couple qui dure est un couple qui accepte ce deuil et qui transforme la situation de façon à être de nouveau satisfait.

Et quelles sont les autres périodes de changements classiques ?

G.L. : L'arrivée d'un enfant est toujours un véritable bouleversement pour un couple. Elle est donc génératrice de crise. Autre bouleversement : le besoin de se réaliser et de se différencier de l'autre. C'est ce qu'on appelle l'individualisation. Quand on se rencontre, on a pour objectif inconscient de ne faire qu'un - c'est justement le désir de fusion. Un proverbe anglais dit très justement : "Ne faire qu'un. Oui, mais lequel ?". Pour ne faire qu'un, un couple est tout de suite dans la rivalité : l'un doit prendre le pouvoir sur l'autre. Au fil des années, le désir de redevenir autonome apparaît forcément d'un côté ou de l'autre. Or cette tentative d'individualisation de l'un peut être perçue comme un abandon par l'autre. Pour ce dernier, la différence n'est pas un enrichissement mais une séparation, donc un conflit : "Si tu n'es pas avec moi, tu es contre moi".

Les crises ne sont-elles pas dues à une mauvaise construction du couple au départ ?

G.L. : Les problèmes de construction d'un couple sont les mêmes que ceux que nous avions dans notre relation primaire, c'est à dire avec notre mère. Le couple réactualise cette difficulté passée sous silence et contre laquelle chacun a développé un système de défense. La thérapie sert à analyser ce conflit infantile. On peut rejouer les choses en les réparant. Et faire mieux que ce que l'on a déjà vécu.

Quelle est la meilleure attitude à adopter face à ces crises structurelles ?

G.L. : Il ne faut surtout pas les nier mais oser en parler afin de minimiser le sentiment d'angoisse et donc de les dépasser. Or les relations fusionnelles fonctionnent sur le non-dit, elles risquent plus facilement de craquer un jour ou l'autre. D'autant plus qu'elles sont aliénantes, étouffantes.

Peut-on faire "changer l'autre" grâce à une crise ?

G.L. : Vouloir changer l'autre, c'est difficile. Mais on peut le faire évoluer en se comportant soi-même différemment. C'est sur soi qu'il faut travailler et non sur l'autre. Il faut surtout acquérir une certaine tolérance et accepter de l'autre que ce ne soit pas "tout ou rien".
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