Trois questions à Robert D.Keppel, ex profiler à Washington
Robert D. Keppel : Je pense que les réalisateurs d'Hollywood disent et font beaucoup de conneries. On voit souvent au cinéma, par exemple, des profilers qui sont obsédés par les serial killers, qui ne ferment pas l'oeil de la nuit et ont peur d'être pourchassés... Ceci est entièrement faux car nous n'avons jamais de contacts directs avec les meurtriers. Si c'était le cas, je peux vous dire que je n'aurais jamais choisi ce métier.
Comment procédez-vous sur la scène d'une crime ?
R.D.K. : Première chose: un bon profiler est à mon sens quelqu'un qui sait bien s'entourer. Avant d'être à la retraite, je travaillais donc toujours en équipe. Sur le terrain, nous étudions d'abord les circonstances, les preuves physiques, même celles qui ne se voient pas - ce qui manque, par exemple : 60% des serial killers laissent des traces sur une scène de crime et celles-ci peuvent être retrouvées jusqu'à 3 miles aux alentours... Nous partons donc d'une observation minutieuse des faits et des dossiers de police pour déterminer un comportement. Grâce aux photos, au rapport d'autopsie, aux analyses de sang, etc., nous procédons ensuite par recoupement, point par point, avec d'autres meurtres pour voir s'il existe des liens. Pendant des années, notre gros problème a été la disparition ou la perte des infos, des pièces officielles, des dossiers, etc. C'était un cauchemar, surtout lorsqu'il fallait interroger 800 personnes pour une même affaire.
Aujourd'hui, avec l'informatique et notamment avec le système que j'ai mis en place en 1987 (l'HITS qui permet un suivi des condamnés pour agressions sexuelles et un recoupement des divers modus operandi, ndlr), les choses sont beaucoup plus simples.
Pouvez-vous nous raconter brièvement une de vos enquêtes ?
R.D.K. : Il s'agit d'une affaire particulièrement sordide : la disparition d'une petite fille de 11 ans qui m'a conduit à travailler au Canada. Cette fillette avait disparu d'une aire d'autoroute. Le tueur l'avait apparemment invité à monter dans son 4x4 pour l'emmener faire un tour dans les bois... Peu après, l'auteur (âge de 36 ans) de ce qui s'est révélait finalement être un crime avait été arrêté pour kidnapping, mais le corps de l'enfant n'ayant été retrouvé, la police n'avait rien pour prouver sa culpabilité... J'ai alors été appelé et l'on m'a demandé de trouver un moyen pour que le meurtrier se confesse. Ma réponse a été claire: "Appelez-moi lorsque le corps aura été retrouvé, ai-je dit à la police. J'ai besoin de savoir ce qu'il a fait à la fillette."
Le corps a été retrouvé peu après dans les bois. La petite avait été étranglée, violée, battue. Son nez et ses dents avaient été cassés. Elle avait, de plus, été enterrée uniquement au niveau de la tête, le reste du corps étant apparent. Cela correspond à un style très particulier de meurtre : j'en ai rapidement déduit que le tueur devait être particulièrement en colère contre quelqu'un et que cela l'avait conduit à sacrifier une victime symbolique. Il avait choisi une enfant car celle-ci était beaucoup plus contrôlable qu'un adulte. Nous avons donc conclu que la petite avait servi de substitut et nous voulions comprendre pourquoi il était à ce point en colère. Lorsque nous l'avons interrogé, nous lui avons d'abord demandé de retracer sa journée du meurtre. Il nous a alors expliqué que sa petite amie l'avait mis à la porte. Puisque la police avait déjà essayé la gentillesse ou même la brutalité pour le faire parler et qu'il n'avait pas craqué, mon plan a consisté alors à faire remonter la colère en lui, à la ranimer pour le rendre furieux. J'ai donc alimenter sa haine contre son amie et contre la petite fille et, à partir de là , il est devenu beaucoup plus facile de recueillir des confessions. En fait, il n'est donc pas difficile d'être profiler: il suffit d'être très logique et très observateur.
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