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Prévention suicide : comment agir dans l'oeil du cyclone ?

Souhaitant trouver un début de solution au manque de moyens mis en oeuvre dans la prévention du suicide chez les adolescents, Alain Meunier et Gérard Tixier, psychiatres, psychothérapeutes et psychanalystes, ont ouvert La note bleue, une ligne téléphonique garantissant accueil et soutien. Interview.
Rares sont les professionnels qui s'attaquent à la prévention primaire du suicide, celle d'avant le passage à l'acte. Psychiatres, psychothérapeutes et psychanalystes, Alain Meunier et Gérard Tixier ont ouvert une ligne téléphonique pour ados, La Note bleue. Dans leur dernier livre, Le Grand Blues (éd. Payot), ils relatent cette expérience et décrivent la traversée suicidaire de nombreux adolescents, qualifiée de "mat syndrome".

En quoi consiste votre association La note bleue ?

Gérard Tixier : L'idée était d'être disponible pour les adolescents 24 heures sur 24. On les écoute, on leur propose de les voir, même à domicile, de voir éventuellement la famille. Les ados ne sont pas tous des déprimés comme on l'entend habituellement et ils ne veulent être ni jugés, ni catalogués. Ils refusent tout : les hôpitaux, l'étiquette psychiatrique, les prescriptions de médicaments... En France, c'est une espèce de honte de se suicider. D'ailleurs, il n'existe pas de structures adaptées à leur cas. C'est soit le service psy, soit rien. Cela explique les 30% de récidives dans l'année... Les Anglais comme les Canadiens comptent eux deux fois moins de suicides chez les ados grâce à leur mobilisation et la création de service d'écoute par téléphone.

L'intervention de médecins et de psy arrive en général après la tentative de suicide. Ne peut-on rien faire avant ?

Gérard Tixier : Si, car c'est avant la tentative que tout se joue. On a longtemps dit qu'un ado se suicidait sur un coup de tête. Dans Le grand blues, on montre en fait que le processus suicidaire est une trajectoire souterraine, avec un dédoublement, mais qui émerge par moment, un peu comme un serpent de mer. L'adolescent n'émet presque pas de signaux de détresse, alors qu'il est en danger. S'il n'y a pas de résonance avec l'entourage, son secret est encore renforcé. On peut repérer assez facilement ces quelques signes. Mais souvent, l'adulte n'est pas prêt à accepter qu'un adolescent puisse aller très mal. Il préfère croire à des sautes d'humeur.

Lorsqu'un(e) ado va mal, comment ses parents peuvent-ils intervenir ?

Alain Meunier : Lorsqu'il (elle) va mal, un(e) ado demande de la reconnaissance plus que de l'amour. Il/elle veut être reconnu(e) hors de l'amour qu'on peut lui porter, même s'il/elle est extrêmement différent(e) de ce que ses parents ont rêvé pour lui/elle. Comme le jeune qui doit faire le deuil de son enfance, les parents aussi doivent faire un deuil, celui de cet enfant idéalisé, qui grandit en prenant un autre chemin que celui qu'ils souhaitaient. Il y a un sentiment de mort à travers ces deuils symboliques. Parfois, quand les choses se passent mal, la mort fait irruption réellement, dans le suicide. Il faut parvenir à transformer la crise en épreuve constructive. Rentrer dans sa vie, ce n'est pas évident. Moi-même, j'ai longtemps éprouvé un sentiment d'inexistence. L'adolescent doit découvrir la vie, et à certains moments, il se met en danger. Dans le meilleur des cas, une tentative de suicide sera intégrée après coup comme un rite de passage, et il n'y en a plus beaucoup dans notre société. Si elle est surmontée, elle peut déboucher sur un pacte avec la vie, plus fort. Mais pour éviter d'en arriver là, il faut arrêter de considérer le suicide comme un sujet tabou.

La Note Bleue
Tél. : 01.45.22.20.00
Sur le Web : Lanotebleue.org

Pour en savoir plus...

A lire :
- Le Grand Blues - Faire face à la tentation du suicide chez un jeune- , Alain Meunier et Gérard Tixier, éd. Payot
- La tentation du néant, comprendre le suicide pour mieux le prévenir, Kay Redfield Jamison, éd. Robert Laffont Réponses
- La Cause des adolescents, Françoise Dolto, éd. Robert Laffont
- Paroles pour adolescents, ou le complexe du homard, Françoise Dolto et Catherine Dolto-Tolitch, éd. Hatier

Sur le Web :
- www.infosuicide.org
- www.fnors.org (Fédération des Observatoires Régionaux de la Santé)
- www.ined.fr
- www.psycom75.org permet de consulter une série d'articles de professionnels de la santé sur le suicide.

Numéros de téléphone destinées aussi bien aux adolescents qu'à leurs parents :
- Suicide Ecoute : 01 45 39 40 00 (24/24h et 7/7j)
- SOS Suicide Phenix : 01 45 22 44 44 (de 12h à minuit, 7/7j)
- SOS Dépression : 01 45 22 20 00 (24/24h, 7/7j)
- Fil Santé Jeunes : 08 00 23 52 36 (de 8h à minuit, 7/7j)
- La Porte Ouverte : 01 43 29 66 02 (de 14h à 21h, 7/7j)
- Phare Enfants Parents : 01 42 66 55 55

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