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Pères seuls : ce qui a changé

Les pères seuls se cramponnent comme à un roc à l'éducation de leurs enfants. À la différence de leurs aînés, ces hommes bousculent les vieux modèles de la paternité sans pour autant pouvoir les éradiquer. Ils naviguent entre deux eaux.
Quel place pour papa ?

"Aujourd'hui le nouveau père lange, biberonne et pouponne", écrit Alain Bruel, président du Tribunal pour enfant de Paris. Une image d'Epinal du père avec son couffin à nuancer par ces chiffres éloquents : selon l'Insee, l'homme passe encore deux fois moins de temps aux soins et à l'éducation de ses enfants que la femme, et l'on dénombre près de 120.000 familles monoparentales masculines avec enfant de moins 18 ans contre... plus de 920.000 familles monoparentales féminines. Et après cinq ans de séparation, un tiers des enfants ne voient plus leur père !

L'image de la famille encore trop figée

Un paradoxe puisque les pères seuls se déclarent satisfaits dans le quotidien avec leurs enfants, heureux d'être les maîtres à bord, même s'ils ont souvent peur de mal faire. "Les hommes n'ont pas encore les réseaux de copines comme les femmes, souligne Christine Castelain-Meunier, sociologue et chercheuse au CNRS, et surtout ils n'ont pas cette transmission de mère à fille, cette expertise à l'égard de l'enfant. Aux Etats-Unis, les pères seuls se sont regroupés en réseau sur Internet pour échanger leurs petits trucs." Reste le regard social qui continue d'enclaver le bon père dans son rôle d'homme qui gagne bien sa vie et la bonne mère dans son rôle d'éducatrice. On soupçonne le père qui élève seul ses enfants, on dénigre la mère qui ne le fait pas. Atavisme culturel ? Historique ?

Une autre présence du père

"L'idée qu'un homme pouvait s'occuper de ses enfants tout seul était perçue jusque dans un passé proche, comme abracadabradantesque, poursuit Christine Castelain-Meunier. Jusqu'au baby-boom, en cas de veuvage ou de séparation, le père confiait l'éducation de ses petits à une grand-mère, une tante, une gouvernante ou encore à une nourrice, et... se remariait." Aux XVIIe et XVIIIe siècle, le rôle du père était symbolique et religieux. L'éducation par le père se transmettait à travers le travail du bétail et de la terre dans les milieux ruraux, et par un savoir-faire artisanal dans les classes moyennes. Au XIXe siècle, l'industrialisation a fait du père un homme citadin, distant, qui devait assurer l'autorité et la subsistance de sa famille.
"Aujourd'hui, on est passé à une "paternité relationnelle" où les pères intègrent l'idée de proximité avec l'enfant et l'accompagnent dans son épanouissement, dans sa construction." C'est à cette autre forme de présence que se caractérisent aujourd'hui les pères seuls. Selon la sociologue, les vieux modèles ont la dent dure et se superposent à la moderne coparentalité. Pour être estampillé "éducateur fondamental" de l'enfant, les pères devront peut-être attendre encore quelques générations et un contexte d'une plus grande égalité sociale entre les hommes et les femmes.

En savoir plus...

À lire :
- Un Avenir pour la paternité, Alain Bruel, Ed. Syros. Alain Bruel est président du Tribunal pour enfant de Paris
- Pères, mères, enfants, Christine Castelain-Meunier, Ed. Flammarion
- Paternité, Christine Castelain-Meunier, Coll. Que sais-Je?, Ed. Puf

Sur le Web :
- Conseil en stratégie familiale : http://www.divorce-famille.net
- Ministère de la Justice : http://www.justice.gouv.fr

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