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Père seul, éducation à risque ?

À l'inverse d'une mère, un père seul avec son fils, sa fille, est encore largement soumis au regard inquisiteur de la société. Les incidences psychoaffectives sur l'enfant seraient-elles plus grandes au sein d'une monoparentalité masculine ?
Le risque zéro n'existe pas

"Il vaut mieux que l'enfant soit élevé par ses deux parents que par un seul, c'est presque une banalité de le dire, s'exclame Geneviève Delaisi de Parseval, psychanalyste à l'Hôpital Saint-Antoine. Mais être élevé par son père n'est pas un handicap pour l'enfant et ne comporte pas plus de risques que lorsqu'il s'agit de la mère."
Impossible de systématiser, selon les experts, ces situations particulières. Elles doivent être étudiées au cas par cas. "Tout dépend du contexte, de l'étayage familial, explique Agnès Moreau, psychothérapeute à la Fondation Rothschild, de l'âge de l'enfant, de l'existence d'une fratrie ou non, de la relation que l'enfant entretient avec sa mère."

Image de la mère, mots du père

Pour autant, au-delà de ces contextes singuliers, l'image que le père transmettra de la mère absente est fondamentale pour la construction de l'enfant. "Il s'agit de bien expliquer à l'enfant, avec des mots, les raisons de cette monoparentalité, que la mère soit morte ou absente, poursuit Agnès Moreau. Car l'enfant va culpabiliser de n'avoir pas pu retenir la mère ou maintenir la cohésion familiale." Et la façon dont le père portera la mère dans son coeur influera sur l'enfant et sa capacité à se construire une mère positive ou non.

Cette place laissée à la mère, au moins en paroles, limite aussi le risque d'un manque de repère féminin chez l'enfant. Mais dans la réalité, "le père n'est jamais vraiment seul, explique Agnès Moreau. La grand-mère, la tante, le personnel féminin de la crèche sont d'autres identifications possibles à la mère." Sans compter que selon les études, "le père seul se montre plus ouvert aux rencontres féminines, précise Geneviève Delaisi de Parseval, alors que les femmes se replient davantage sur elles-mêmes, créant une dyade puissante avec l'enfant pas forcément bonne."

Du masculin au féminin

Pourtant, le risque que l'enfant soit élevé dans des valeurs masculines trop pesantes existe. "L'homme peut se sentir coincé dans sa masculinité du fait de son histoire personnelle, et se montrer psychorigide, être dans certains cas moins apte à entendre les besoins de ses enfants à l'égard de leur corps. Alors que la femme, elle, a plus facilement intégré sa part masculine, et en a même fait un élément de séduction."

Mais le plus dangereux pour l'enfant consiste à voir le père tomber dans les deux rôles (père/mère) et se trouver dans une très grande proximité avec l'enfant. "La carence maternelle pour l'enfant peut être lourde de conséquences. Elle touche aux aspects vitaux de l'enfant, à son identité sexuée. L'homme a sa part de féminin et de maternel, de masculin et de paternel, affirme Agnès moreau. L'articulation entre ces deux aspects ne doit pas être trop destructurante pour l'enfant." Mais là encore, pas de généralisation possible.

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