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Le deuil pathologique, nouveau malaise dans la civilisation

Si le travail du deuil constitue une notion essentielle de la psychanalyse, ce travail est toujours douloureux et difficile à mener à bien, et pour certains, presque impossible...
Le travail du deuil consiste à réussir progressivement à se détacher d'un objet d'attachement. Ce processus intérieur permet de surmonter la perte d'un être cher. Mais la clinique des deuils pathologiques montre que ce processus échoue parfois. "Certains deuils restent fixés à l'état de plaie pour des raisons multiples dont la plus courante est la culpabilité, surtout quand la disparition réalise un désir de mort inconscient à l'égard du défunt", explique Jean-Pierre Royol, docteur en psychologie et psychopathologie cliniques. Un mal qui, selon ce dernier, prend aussi racine dans une société trop pressée d'oublier: "L'endeuillé devient gênant en évoquant la mort. Ces pressions sociales et culturelles ont leur part dans la production de deuils pathologiques. Il y a toujours un malaise dans la civilisation !"

Définition

Le sujet se considère comme coupable de la mort survenue, dénie celle-ci, se croit possédé par le défunt, se pense, par exemple, atteint de la même maladie que celle qui a entraîné la mort, etc. Le conflit autour de l'ambivalence, ce mélange d'amour et de haine qui tisse l'attachement entre deux êtres, éclate au grand jour.

Symptômes repérables

La durée et l'expression d'un deuil "normal" varient considérablement parmi les différents groupes culturels. Cependant, la présence de certains symptômes (décrits dans le Mini-DSM IV) peut aider à différencier le deuil d'un épisode dépressif majeur:- culpabilité à propos de choses autres que les actes entrepris ou non entrepris par le survivant à l'époque du décès.- idées de mort chez le survivant ne correspondant pas au souhait d'être mort avec la personne décédée.- sentiment morbide de dévalorisation.- ralentissement psychomoteur marqué.- altération profonde et prolongée du fonctionnement.- hallucinations autres que celles d'entendre la voix ou de voir temporairement l'image du défunt.

Evolution

La dépression s'installe. Elle débouche parfois sur la maladie mentale: psychose mélancolique ou maniaque, deuil obsessionnel, hystérie de deuil. Dans cette dernière forme, l'endeuillé se comporte comme si le défunt était resté vivant. Le disparu devient aussi un persécuteur. "On peut trouver une forme de mort psychologique ou à l'inverse des accès maniaques d'hyperactivité pseudo-délirants souvent associés à des conduites addictives (boulimie, tabagisme, alcoolisme), qui sont une manière de combler le vide provoqué par la disparition d'un proche. Ces troubles sont suffisamment importants pour que certains pays, comme le Canada, mettent en place des programmes de suivi de deuils", ajoute Jean-Pierre Royol.

Population à risque

Une certaine rigidité, la pauvreté du monde imaginaire interne, prédisposent à la fixation. "La manière dont nous vivons notre deuil dépend surtout de notre capacité à assurer notre part de mise en scène qui instaure un minimum de distance avec cette réalité douloureuse. Certaines personnes sont, dans ces circonstances, complètement désarmées, démunies, incapables d'un minimum de jeu social, et demeurent fixées à l'horreur du réel. Ces personnes doivent être aidées par un psychologue clinicien car cette forme de paralysie psychique peut avoir des conséquences graves pour la personne mais aussi pour son entourage", souligne Jean-Pierre Royol.

Solutions thérapeutiques

Il ne faut pas laisser s'installer la maladie, mais l'affronter le plus précocement possible. Dans un premier temps, des médicaments contre la dépression et l'angoisse peuvent stabiliser l'humeur, mais une thérapie d'orientation psychanalytique s'impose souvent car les difficultés à faire son deuil d'un objet d'attachement se nouent dans la petite enfance.

Pour en savoir plus :

- Deuil et mélancolie, article recueilli dans Métapsychologie, Freud (Folio, édition originale 1915).
- Le deuil et ses rapports avec les états maniaco-dépressifs, Mélanie Klein, dans OEuvres (Payot, édition originale 1940).- Mini DSM IV (Masson, 1996).
- Dictionnaire de Psychiatrie et de psychopathologie clinique, Jacques Postel (Larousse, 1998).
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