Une école différente : une choix réfléchi de la part des parents
"J'avais envie que mon fils puisse avancer à son rythme, qu'il soit respecté et qu'il soit avec des adultes à son écoute", explique Cécile, maman d'un petit garçon entré dernièrement en CP à l'Ecole Nouvelle St-Thomas d'Aquin à Paris. "Pour nos enfants, l'école différente nous semblait une bonne transition entre l'univers familial et la vie en société", poursuit Karine qui a elle inscrit son fils Aurélien à l'école Montessori.
Pour tous ces parents, l'apprentissage "dans le plaisir, l'envie, la parole" reste donc une grande priorité, priorité souvent oubliée, faute de moyens, par le système classique. Allégeant leurs enfants de la pression de la réussite à tout craint, les parents assistent ainsi à l'épanouissement de leur bambin dans un cadre qui leur semble mieux adapté. "Le retour de manivelle, c'est que mon fils a maintenant toujours son mot à dire sur tout", annonce en soufflant Josiane, une mère qui reconnaît qu'elle est parfois un peu fatiguée de l'habitude qu'a prise Marius de s'exprimer à tout va depuis qu'il est à Vitruve...
Une place privilégiée, mais...
Souvent, les écoles différentes laissent une place prépondérante aux parents. Largement sollicités pour des questions financières, ceux de Vitruve le sont aussi pour participer à des commissions de réflexion sur l'argent de poche ou le statut de l'enfant... Attendus pour assurer un soir de garderie dans l'année par ci, pour encadrer quelques sorties par là, les parents savourent cette sollicitude de l'école, même s'ils courent toujours après le temps. Pour autant, les voilà parfois indécis quant à l'évaluation du niveau scolaire. Très rares sont les devoirs et lent peut être l'apprentissage... Et malgré leur engagement pour le primaire, nombre de familles se posent des questions au moment de l'entrée au collège : à partir d'un certain âge, ne vaudrait-il pas mieux que les enfants rejoignent le système classique ? "Pour moi, l'entrée en sixième est une étape importante, déclare Karine, maman d'Aurélien. Car même si chacun évolue à son rythme dans l'enfance, on finit toujours par être confronté à une grille sociale... ". Les détracteurs du système soulèvent en effet le risque que ces enfants cocoonés n'éclosent pas dans une vie aussi différente que l'est leur école... Et Karine de conclure : "je ne veux pas que mon fils me reproche un jour de ne pas lui avoir donné toutes les clés pour entrer dans la société".
A l'école publique de Vitruve, l'organisation du calendrier scolaire et le mode d'enseignement sont loin de suivre un modèle classique...
Dans une impasse du populaire 20e arrondissement parisien, les 250 enfants font des rentrées vraiment pas comme les autres. En septembre, le travail est entièrement consacré à la braderie du mois d'octobre qui doit fournir à l'école une bonne partie de ses revenus annuels. Chaque élève se met à l'oeuvre de façon pratique : certains apprennent à peser en faisant des confitures, d'autres à écrire en composant des "nouvelles à la demande" ou à compter en vendant des boutures... Car l'idée de base de l'école du Passage Josseaume est "d'apprendre en faisant" à partir de projets élaborés en début d'année entre enfants et enseignants. Le "goût",la "littérature fantastique", le "jardin écolier"... sont autant d'idées qui soutiendront l'enseignement général. Et sous prétexte que "l'on n'apprend pas que dans les livres", la confrontation avec le monde extérieur est permanente, ainsi que celle des "grands" et "petits". A Vitruve, où l'on croit en effet à l'initiation mutuelle, on applique l'enseignement par cycle et non par âge: CP, intermédiaire(CE1-CM1) et terminal(CM2). L'emploi du temps, chamboulé d'activités diverses, ne tient plus dans les classiques cahiers de textes.
Une logique d'école et non de classe
Tous les mardis matins, les délégués se retrouvent au conseil d'école afin de discuter avec les enseignants des problèmes quotidiens. Cette semaine, "la propreté dans la cour après le goûter" ! Les délégués expliquent le problème, en discutent, envisagent des solutions... On ne passe pas une année à Vitruve sans avoir eu une responsabilité ! Ici "l'école, on la vit", se targue Martine Buffard , directrice de l'établissement. Le vendredi, c'est jour des plaintes. Le médiateur rapporte devant la classe la plainte de x contre y pour insulte dans la cour ou piquage de bonbons systématique. "Ainsi se régulent, entre enfants, les conflits et les rapports humains", rapporte Martine Buffard. L'éveil à la citoyenneté, la démocratie en groupe, l'expression fondent le projet de cette école bientôt quadragénaire. Et sortis de "Josseaume", les enfants auront "la curiosité des choses", souligne la coordinatrice. C'est tout le mal qu'on leur souhaite !
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