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Se doper à la psycho, c'est tout bon pour le sportif

"Ce psy qui fait gagner Pioline", titrait un quotidien après le triomphe de Cédric Pioline au tournoi de Monte-Carlo, la plus belle victoire de sa carrière hors Coupe Davis. Pour les champions, faire appel à un psychologue n'est plus un sujet tabou. Et ça marche !
Dans l'arène sportive, l'éclosion de véritables personnalités, complètement humaines, ni surhumaines ni infantiles et irresponsables, reste suffisamment rare pour que l'on ait envie de les saluer. Alors que les affaires de dopage continuent chaque semaine de donner l'image du champion, notamment à vélo, en cobaye consentant, voire créature à la Frankestein, des victoires à la Pioline, après celles d'Agassi rendent vraiment heureux.
Ces héros font rêver justement parce qu'ils sont réels. Plus des gamins, ni des apprentis sorciers, mais des hommes de trente ans, des "vieux" dans ce milieu, qui glanent pourtant là leurs plus beaux succès, après une vie de hauts et de bas, de promesses non tenues en défaites qui tournaient au symptôme. Une explication parmi d'autres, bien sûr, à leurs succès tardifs : plutôt que de se "charger" de produits dopants, ils se "déchargent" de leurs doutes en parlant. Pas à la presse, mais à leur psy.

Une révolution

Oui, c'est une véritable révolution dans un monde machiste où tout ce qui ne ressort pas de la pure performance physique passe pour un aveu de faiblesse, comme on parle de "sexe faible".
"Mon apport, c'est que Cédric soit arrivé à exprimer de façon constante tout ce qu'il sait faire", a expliqué son psy, Jean-Marc Lhabouz. N'est-ce pas la définition simple mais lumineuse de toute bonne psychanalyse ? Parvenir à ne plus vivre par à-coups, mais de façon constante, établir ce que Winnicott appelle une " continuité d'être ", et qui ne va nullement de soi. Est-ce un pur hasard si Pioline comme Agassi remportent leurs plus belles victoires en fin de carrière, comme à la fin d'une "cure" réussie, une cure de parole ? Et quel était ce monstre intérieur qui leur fit perdre tant de finales successives, avant de les laisser en paix, sinon un surmoi agressif et destructeur qui voulait faire d'eux un surhomme ?

Transpirer la vie

Quand tant de sportifs restent des enfants qui se prennent pour Superman, eux ont apprivoisé leur humanité, sans marcher au super. Personnages de roman plus que de bande dessinée. En 1998, Pioline s'effondra épuisé en demi-finale de Roland Garros, après avoir disputé un match homérique au tour précédent, quand d'autres, dans telle ou telle discipline, auraient "effacé" leurs traces de fatigue à l'aide de produits dopants, effaçant aussi leur humanité. Comme ces coureurs qui montent presque aussi vite qu'ils descendent les cols du Tour de France, sans le moindre signe de transpiration. Sans le moindre signe de vie. Pioline transpire la vie. Et le visage d'Agassi, sur un court, devient un magnifique livre ouvert où des émotions complexes et contradictoires se lisent. Et se disent.
A l'image d'une société qui préfère traiter la souffrance par l'usage exclusif de médicaments au détriment de la cure par la parole, le milieu du sport ressemble trop souvent à une pharmacie ambulante, où tous les coups et tous les produits sont permis, dans un silence de mort. Pioline, Agassi et d'autres agissent comme de merveilleux contre-poisons, en donnant la parole à la vie.

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