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Le retard chronique, ça se soigne !

Vous le savez : après l'heure, ce n'est plus l'heure. Et pourtant, vous faites peut-être partie de ces éternels retardataires qui empoisonnent la vie de ceux qui les attendent. Que ce soit au ciné pour une soirée entre amis, au restaurant pour un dîner galant ou à la crèche pour récupérer votre bébé, vous êtes toujours le (la) dernier(ère). Mais ce que subit tant bien que mal votre entourage, votre patron a décidé, lui/elle de ne plus le supporter : soit vous réglez votre horloge interne soit il/elle vous règle... votre compte. Réfléchissez. Ou plutôt lisez les explications de Jacques Fradin, médecin, thérapeute à l'Institut de médecine environnementale à Paris et consultant en entreprise.
Pourquoi certains d'entre nous sont-ils toujours en retard ?

Jacques Fradin : Les causes sont multiples. Certains ne comprennent tout simplement pas l'enjeu. Ils sont conscients de leur retard chronique mais estiment qu'arriver à l'heure ne sert à rien. Il est possible qu'ils soient démotivés, pas assez impliqués dans leur travail. Peut-être aussi ne leur a-t-on pas suffisamment expliqué pourquoi il était impératif d'être là, à l'heure. Les 10 minutes de retard d'un salarié peuvent avoir de graves conséquences pour l'entreprise: après un rendez-vous raté, un client peut renoncer à un contrat, des réunions peuvent être perturbées. Il est aussi prouvée qu'une personne à qui l'on ne répond pas au téléphone, par exemple, ne rappellera pas. Il faut donc dire aux responsables d'entreprise qui ont tendance à penser que les retards de leurs salariés sont autant de problèmes individuels, que ceux-ci relèvent aussi parfois d'erreurs de management.

Certains retards sont-ils maladifs ?

J.F. : Oui, il s'agit de troubles. Certains d'entre nous ont par exemple des difficultés à se représenter dans le temps. Ils ont toujours le sentiment que 20 mm suffiront pour accomplir le trajet domicile-bureau alors qu'il faudrait dans les faits compter une bonne demi-heure. Surinvestis dans l'action, ils ne supportent pas de perdre leur temps. Leur hyper-activité leur permet de compenser ce qui est souvent au départ un blocage émotionnel qui les rend aveugles à l'égard de leur trouble. Un travail de psychothérapie de 10 à 15 heures suffit en général à les soigner. Il y a aussi ceux qui arrivent en retard parce qu'ils veulent démontrer de façon plus ou moins consciente qu'ils ne se soumettent pas à une domination hiérarchique. Enfin, il y a les déprimés. Eux se préparent généralement plus tôt que les autres, sont toujours prêts avant les autres. Mais, en bout de course, ils se noient dans un verre d'eau: ils cherchent leurs clés, oublient leur sac et arrivent en retard. Il s'agit là d'un problème chronique plus grave car, conscients de leur retard, ces gens-là vont le dramatiser et s'angoisser. A ne pas négliger non plus dans le flot des retardataires: les désorganisés et les anxieux. Ces derniers n'ont parfois aucune notion du temps. Celui-ci peut leur paraître interminable ou au contraire passer si vite qu'ils ne le perçoivent pas. Ils sont de bonne foi et ont vraiment du mal à évaluer la durée d'une tâche. Ils sont souvent perturbés.

Que faut-il faire pour guérir ?

J.F. : Le/la salarié(e) doit essayer d'analyser ses retards et ne pas hésiter à se faire aider par un(e) thérapeute s'il/elle ne parvient pas à s'en sortir. Les chefs d'entreprise, eux, doivent instaurer le dialogue pour pousser les salariés à respecter les horaires. Certains d'ailleurs savent s'adapter. J'étais la semaine dernière dans une entreprise qui fournit des pharmacies. Les salariés devaient arriver à 9 heures tous les matins. Or, une seule personne respectait cet horaire; les autres n'arrivaient jamais avant 9h15 car, ont-elles expliqué, aucun responsable d'officine ne nous appelle à 9 heures pile. Convaincu de la justesse de leur raisonnement, le manager a modifié leurs horaires.

Les femmes sont-elles plus ou moins en retard que les hommes ?

J.F. : Il n'y a pas d'étude précise sur ce sujet mais les femmes, généralement plus ouvertes aux autres, à la fois plus sociales et plus sociables sont plus respectueuses des autres. Aussi ont-elles tendance à être moins en retard que les hommes.
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