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Journaux intimes sur le Net: moi je, et vous ?

Les journaux intimes pullulent sur le Web. Exhibitionnisme ou nouvelle manière de communiquer ? Egocentrisme ou ouverture? Entre bouteille à la mer et fenêtre sur l'âme, voyage au coeur de l'intimité dévoilée.
Impossible de classer les "diaristes" en un seul genre: la forme et le contenu de leurs journaux sont aussi variés que leurs auteurs. Quotidien, mal-être, solitude, réflexions, humour... En plaçant des fragments de leur vie sous les projecteurs électroniques, les diaristes ont chacun leur propre motivation. Il y a les habitués du journal intime et de l'écriture, qui se lancent après avoir d'abord été lecteurs assidus de journaux en ligne, et les occasionnels qui, après un exil, une rupture, ressentent le besoin bien humain de s'exprimer. La démarche surprend : un journal intime est en théorie destiné à le rester. Mais ce nouveau médium qu'est le web a modifié les données traditionnelles: la publication est devenue à la portée de tous et n'importe qui peut désormais mettre son âme en vitrine. Conséquence: une kyrielle de détails insipides côtoie des auteurs d'un genre nouveau.

Un ego qui se regarde grandir

A priori, écrire son journal intime en ligne apparaît exhibitionniste et égocentrique. Certes, la démarche est narcissique : " Je n'y parle à peu près que de moi, de ma façon d'appréhender la vie, de mes opinions, reconnaît Frannie (1). Avec, sans doute, une inévitable complaisance ".

" L'écriture diariste est un ego qui se regarde grandir ",
définit Eva (2). Mais ce qui rassemble ces diaristes, c'est l'envie de se donner : " Cela répond au double besoin de me connaître et de me donner à connaître, de donner aux autres ce que j'ai au fond de moi et que l'existence quotidienne ne me permet pas toujours d'exprimer ", ajoute Eva.
Le journal en ligne est parfois un moyen pour lancer un cri dans les méandres du web, souvent une voie pour être reconnu.

" Mon influence et mon existence en tant qu'être virtuel sont plus importantes qu'en tant qu'être réel ",
avoue Mongolo (3). Ces diaristes d'un nouveau genre attendent un retour, un partage. Et les lecteurs jouent le jeu : conseils, croisements d'expériences, d'états d'âme, de morceaux de vies. " C'est une façon de se prendre et de se mettre en commun ", définit Mongolo. Le journal intime devient source de communication et d'échange, miroir dans lequel le lecteur se reflète. " Certains parlent d'un texte en particulier, qui a éveillé un écho ", relate Frannie. " Leurs messages m'ont encouragée à continuer, m'apportant une preuve que ce que je faisais avait un sens, me rappelant que je ne parlais pas dans le vide ", explique Eva.

Une démarche authentique?

" Les diaristes web ont moins besoin de se comprendre que de partager ", analyse Michèle Senay sur son site consacré à l'étude des journaux intimes (4). "

Ils ont besoin que d'autres sachent qu'ils existent, comprennent ce qu'ils vivent ".
A condition qu'ils ne soient pas des proches. " Ecrire à des inconnus donne une liberté beaucoup plus grande, apprécie Frannie. Ils ne me harcèlent pas pour que je leur donne des détails supplémentaires, ne me jugent pas, contrairement à ce que feraient les gens que je connais. Et, même s'ils le font, je ne le sais pas, cela n'entrave pas mon écriture ". Mais peut-on être authentique en sachant qu'on est lu? " Même dans un journal privé, il reste toujours des aspects de soi-même qu'on ne peut complètement affronter, estime Frannie.

Dans un journal public, inconsciemment, on veut plaire aux lecteurs. J'ai l'impression d'être moi-même, mais c'est un leurre. Je donne une image qui est plus une projection de moi-même que la fidèle transcription de ce que je suis ". " Sans en avoir vraiment la volonté, j'ai créé une nouvelle entité, une facette qui ne s'exprimait pas avant ", écrit Mongolo. " Si tout y est vrai, il s'agit d'une vérité choisie, c'est-à-dire de la réalité vue à travers un prisme, celui de mon regard ", résume Célian (5).Nouvelle forme de création, le journal en ligne est un havre de liberté, entremêlé de réflexions et de bribes de vie, perdu dans un espace de plus en plus commercial. Qui offre parfois de très bonnes surprises à travers ce plaisir des mots. " Ecrire sur Internet est une mise en écriture ", définit Eva. " Ce journal est un peu comme un livre que j'écrirais sous les yeux de ses lecteurs, ajoute Frannie. C'est une sorte d'entraînement ".

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