Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la psychanalyse
Comme tout travail de longue haleine, la cure analytique engendre des périodes frustrantes et douloureuses. Elle peut amener à découvrir un secret de famille, à s'interroger sur le fonctionnement de son couple, à acquérir une conscience aiguë de ses propres failles... Le travail de reconstruction qu'elle vise passe en effet par des phases de destruction. "Pour définir le travail d'analyse, je prendrai l'image d'une maison, explique Martine Sandor Buthaud, psychanalyste. Les gens viennent parce qu'il y a des fuites. Certains veulent changer une cloison et d'autres toutes les fondations. La cure se présente donc comme un chantier où l'analyste effectue des sondages pour voir ce qui est solide et ce qui mérite d'être réaménagé". Une analyse n'est donc pas toujours une partie de plaisir, mais la peur de souffrir ne doit pas devenir un facteur discriminant. Car au fil du temps, la perception du chemin parcouru est souvent gratifiante...
Combien de fois par semaine faut-il se rendre chez son analyste ?
Pour les freudiens les plus orthodoxes, une analyse nécessite au moins trois séances par semaine. La raison? "Si le délai entre chaque séance est trop long, les résistances qui s'opposent à l'avancée de la cure vont se remettre en place", explique un membre de la Société psychanalytique de Paris (SPP). Cependant, cette argument est discuté par de nombreux psychanalystes dont Serge Tisseron : "Le nombre de séances n'est pas vraiment important, explique-t-il. "Je dirais même qu'il y a des patients qui font une véritable analyse avec une séance par semaine, assis, et d'autres qui, après sept ou huit ans, en étant allongé deux ou trois fois par semaine, n'ont pas commencé leur analyse! Pour moi, ce qui définit la psychanalyse, ce n'est pas le cadre matériel, mais le cadre psychique"
Peut-on tout dire pendant une séance ?
Tout ce qui traverse l'esprit durant la séance, y compris au sujet de son analyste, peut être dit. Winnicott, grand psychanalyste anglais, expliquait : "Tout ce que je demande à un patient, c'est d'être là , et de parler". Dès les premières séances, l'analyste invite donc son patient à pratiquer "l'association libre", méthode qui consiste à ne pas censurer ses pensées. C'est en effet dans le choc de deux réflexions en apparence anodines ou semblant n'avoir aucun rapport entre elles, qu'un point de vue nouveau peut apparaître.
Difficile d'estimer statistiquement les réussites thérapeutiques de l'analyse. Si la méthode repose sur un travail en finesse et en profondeur censé libérer des conflits psychiques qui nous perturbent, celle-ci n'est, en effet, tenue à aucune obligation de résultat. On comprend donc là tout le relief de l'expression "guérison de surcroît" , bon mot de Lacan, venant sûrement comme un alibi pour excuser tous les enlisements des cures...
Ceci étant dit, nombreux sont les patients que l'analyse a réellement sauvé du suicide ou de la dépression. Plutôt que de poser la question de la psychanalyse en terme d'efficacité, mieux vaut donc la considérer sous l'angle de l'adéquation: faire une bonne analyse c'est d'abord apprécier une méthode très particulière avec laquelle on accroche ou pas, c'est ensuite rencontrer un praticien avec qui l'on se sent en confiance. Dans le cas échéant, si rien ne semble se passer, autant frapper à une autre porte...
L'analyse est-elle déconseillée à certaines personnes ?
Oui, répondent les analystes et ce pour divers motifs. D'abord parce que la position allongée peut être déstabilisante pour certains patients. "Pour les personnes vivant des crises et des souffrances importantes, l'absence du regard du thérapeute en analyse est insupportable", confirme Martine Sandor Buthaud. "Avec elles, le travail thérapeutique doit consister en une construction de la personnalité plutôt qu'en une mise à nu de l'inconscient". Pour ces personnes, la psychanalyse n'est donc du tout indiquée.
Autre catégorie de personnes pour qui l'analyse n'est pas recommandée: les pervers. "Ceux-ci éprouvent une jouissance personnelle à transgresser, à sortir de toutes les règles qu'on leur demande de respecter", explique Serge Tisseron. Ils se débrouilleront toujours pour venir à une autre heure que celle qui a été convenue avec le thérapeute. Difficile dans ces conditions de mener à bien un travail".
Enfin, les personnes ayant une conception opératoire de ce que doit être le thérapeute ont également tout intérêt à frapper à une autre porte que celle d'un analyste. "Ces gens là vont voir leur psy comme on conduit une voiture au garage, en demandant combien de temps va prendre la réparation: est-ce que mon psychisme sera prêt dans quinze jours pour le mariage de ma fille ? Ces cas relèvent donc davantage des thérapies brèves que du travail analytique", poursuit Serge Tisseron.
A quel moment une analyse est-elle terminée ?
"Une analyse est finie lorsque le patient a le sentiment qu'il en sait assez sur lui-même et son fonctionnement inconscient pour être capable de résoudre par lui-même les coups durs qui pourraient survenir", explique un psychanalyste de la SPP. Une analyse achevée mène donc à la capacité d'auto-analyse. Pour Serge Tisseron, en revanche, "une analyse n'est jamais terminée car l'on apporte durant la cure ce que l'on est au moment de celle-ci". Qu'elle dure deux ans ou quinze ans, une analyse ne serait donc jamais aboutie. La solution ? Faire confiance à ses sensations en sachant il n'y a rien de mal à la faire durer, ni à l'écourter si l'on en a assez.
En savoir plus...
- Cinq leçons sur la psychanalyse, Sigmund Freud, éd. Payot
- Psychanalyse, sous la direction d'Alain de Mijolla et Sophie de Mijolla Mellor, éd.PUF
- Eléments d'introduction à la psychanalyse, Alain Vanier, éd. Nathan
- Histoire de la psychanalyse, Elisabeth Roudinesco. Deux tomes, éd. Fayard
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