psychonet
Psychogénéalogie et cancer

Pour guérir Lazare, il ne suffit pas de lui dire "lève-toi et marche", il faut aussi qu'il ait envie de se lever et que son entourage le laisse passer. Une image forte qu'Anne Ancelin-Schützenberger utilise pour préciser les limites de sa méthode.
Vous donnez des exemples très forts de personnes guéries de leur cancer...

Anne Ancelin-Schützenberger : Je ne voudrais pas qu'on parle de "guérison de cancer". Je dirais plutôt "un arrêt des métastases générales d'un cancer terminal".

Le résultat est le même : la personne ne meurt pas...

A.A.S. : Mais si on parle de guérison d'un cancer terminal, on va avoir tout le camp médical contre nous ! Donc, on dit, ce qui est la vérité, "arrêt des métastases générales d'un cancer terminal". C'est ce que l'on observe.
Par exemple : je travaille en Scandinavie avec une malade qui a un cancer terminal. Son médecin l'opère. Elle a des métastases généralisées. Il referme sans rien enlever. Il lui donne 8 jours de survie et l'envoie mourir chez elle. Elle vient me voir. Nous travaillons sur l'origine de son cancer et en particulier sur l'identification à sa grand-mère et son overdose de stress. C'est une institutrice avec une classe et des collègues difficiles, et une rechute de son cancer à chaque rentrée scolaire. Elle paraît guérie. Je lui propose bêtement - c'est là où je commets une erreur - de l'accompagner voir son médecin. Celui-ci me dit devant elle : "je ne peux que constater qu'elle n'a plus une seule métastase, et qu'en principe elle est guérie. Mais je n'ai jamais vu personne guérir de ce genre de cancer. Je n'y crois pas. Donc, je pense qu'elle va rechuter." Dans les trois jours elle rechute et elle meurt.
Cela signifie qu'il faut souvent confirmer les "guérisons" par des psychothérapies et de l'aide. C'est la même chose pour les guérisons de Lourdes. Beaucoup de gens rechutent. C'est ce qui a été dit lors d'une table ronde à Montréal, organisée par le professeur de Devroede avec les médecins de Lourdes et moi.
Donc, ce n'est pas la guérison immédiate mais celle qui perdure qui est intéressante. Et c'est pareil pour la catharsis. Celle que beaucoup de thérapeutes recherchent est un soulagement immédiat. Mais si on ne retravaille pas les causes, celle-ci reviennent et les gens rechutent. Il faut retravailler les choses car les croyances des gens, leurs désirs inconscients de mort sont souvent beaucoup plus fort que le premier travail. Il ne suffit pas de dire "lève-toi et marche", il faut aussi que Lazare ait envie de se lever et que son entourage le laisse passer et ne lui dise pas "oh la la! Ca ne va pas durer, tu vas mourir dans une heure! ". Ce qui arrive malheureusement souvent.

Pensez-vous que dans la plupart des cas de personnes atteintes de cancer on peut retrouver des origines relevant de la psychogénéalogie, et qu'il est donc possible de guérir ces personnes ?

Anne Ancelin-Schützenberger : Les gens qui étaient sous la bombe de Hiroshima, quel que soit leur état psychologique, sont morts. Donc, il ne fait pas se rendre ridicules en disant que tous les cancers (sont guérissables). Quelqu'un est venu me voir qui était le 12e à mourir de cancer dans le même laboratoire de recherche pharmaceutique. Même si le laboratoire ne voulait pas reconnaître ce cancer comme une maladie professionnelle, ça l'était quand même! D'après les cancérologues au niveau international, environ 30% des cancers sont dus à l'alcool et au tabac.
Dans mon expérience, environ 30% des cancers sont liés à un syndrome d'anniversaire. C'est-à-dire une identification inconsciente, une loyauté familiale invisible à un membre de la maladie qui est mort de maladie. Cette personne morte peut être une mère, un père, un grand-père, une grand-mère, une marraine, une tante qu'on idolâtre, une soeur aine qui vous a élevé, etc. A ce moment là, il s'agit d'être soi et de créer une distance entre soi et l'autre. Etre dans l'identification ou dans la révolte, ce n'est pas être soi. Cela se retravaille.
Souvent je ne vois les gens qu'une fois et je les envoie en thérapie de soutien ou en psychothérapie si nécessaire. C'est quelquefois suffisant. Pas toujours. Ca dépend des cas.

Quels genres de thérapies permettent de retravailler en profondeur les choses et donc de guérir durablement ?

A.A.S. : Les gens font la thérapies qu'ils veulent. Mon conseil est d'aller voir trois ou quatre personnes différentes et de choisir celle qui n'est pas trop loin de chez soi et avec qui on sent que "ça colle".
Les thérapies peuvent être courtes ou longues. On ne peut pas prévoir la profondeur des problèmes. Quelquefois les gens ont des problèmes qui se trimballent de génération en génération.

La psychogénéalogie est à la mode. Qu'est-ce que ça vous inspire ?

Anne Ancelin-Schützenberger : Le mot psychogénéalogie est horriblement vulgarisé. Il est utilisé par la concierge et les diplômés de la concierge. Beaucoup de gens m'ont entendue à la télévision ou ailleurs et pensent que repérer quelques répétitions suffit pour devenir psychogénéalogiste. Il n'en est rien. Une des choses qu'il faut comprendre profondément c'est ce qu'on appelle en science le hasard et la nécessité, et les fractales dans la théorie du chaos.
Les fractales, c'est l'infinie répétition du même. Les choses qui fonctionnent comme des fractales sont des infinies répétitions du même, comme par exemple les battement d'un coeur en bonne santé.
Dans les cas de dysfonctionnement psychosomatique mortel, une fractale se transforme en une autre fractale. Dans le cas du cancer, le fonctionnement de la division cellulaire normale par fractale se transforme en une autre fractale mortelle qui est la répétition indéfinie de la même cellule cancéreuse.

A votre avis, comment faire le tri entre les psychogénéalogistes sérieux et les autres ?

A.A.S. : En tant que professeur de fac et chercheur, je suspecte toujours ceux qui ne citent pas leurs sources, leurs emprunts, qui n'indiquent pas de bibliographie dans leur livres, de manquer de sérieux, d'être suspect de mégalomanie et d'être intellectuellement malhonnêtes. En tant que psychanalyste, je ne peux supporter non plus les gens impérieux qui savent toujours tout et surtout mieux que les gens ce que les gens ressentent.
Certains n'ont pas de formation et ne fonctionnent que par intuition. Mais, même si le flair est souvent lié au génie, il faut toujours le vérifier.

A lire également :

Zen en quelques minutes, où que vous soyez !

Arriver à le faire dans les transports en commun, a priori peu propices au calme et aux bonnes odeurs, c'est une petite victoire sur soi et sur l'agressivité de l [...]

L'alimenation bio : véritable valeur sûre ?

Produits sans engrais, des qualités nutritives hors pairs… Les aliments bio sont-ils si vertueux que la révolution verte le laisserait entendre ? Une étude bri [...]

Sexualité : adoptez les pochoirs sexy !

Une foule d'idée pour épanouir vos nuits d'hiver sous la couette ! Voilà ce que vous pourrez trouver dans le Jardin des Dames, un site dédié à la découverte [...]