Etre un bon père : ce qui a changé
Jacques Arènes : On se rend compte de ce que pourrait être un mauvais père ! On stigmatise beaucoup en ce moment les pères absents par exemple... Beaucoup d'hommes sont à la recherche de cette image parfaite d'un "bon père". C'est quelque chose d'enfermant, mais il y a des éléments de bon sens. Ils recoupent largement ce que peut être une "bonne mère" - en gardant des guillemets à ce terme. Un bon père peut être quelqu'un qui est proche de ses enfants; quelqu'un qui ose mettre des limites; quelqu'un de cohérent, c'est une grande difficulté actuelle... Un bon père est quelqu'un qui, sans être rigide, réussit à trouver une certaine continuité dans sa manière d'être avec ses enfants et dans ce qu'il essaie de poser comme actes.
Les pères ont-ils des raisons objectives de se sentir dépassés ?
J.A. : Ils ont beaucoup de raisons d'être dépassés pour la simple raison que l'on est sorti du patriarcat en peu de temps. Au XVIIIe siècle, il y avait déjà eu un tournant au niveau de la psychologie de la famille. Mais depuis 50 ans, on est sorti d'un modèle où la famille fonctionnait autour du père et de la filiation par le père. C'était le ciment de la famille - et non la relation amoureuse comme aujourd'hui. Le père, à la tête de la famille, était garant de ce ciment. Aujourd'hui, les hommes recherchent leur place.Le rôle maternel et la manière dont les femmes vivent avec leurs enfants n'ont pas fondamentalement changé. Le seul grand changement, c'est les casquettes multiples, le fait qu'elles assument beaucoup de choses. Beaucoup d'hommes me disent qu'ils ont "du mal à se situer en temps que père". J'entends rarement une mère me dire cela. Les femmes disent plutôt qu'elles ont "du mal avec tel enfant" ou que "celui-là, depuis qu'il est ado, c'est impossible!".
Les pères ont au moins un rôle d'autorité à jouer puisque vous écrivez qu'un enfant à qui on n'a pas fixé de règles ni de limites est angoissé...
J.A. : Oui. C'est rassurant pour l'enfant que les parents fassent des choix et fixent des limites, même s'ils tiennent compte de son point de vue. Souvent, par peur d'imposer, les parents laissent l'enfant, y compris très jeune, choisir ses limites et déterminer sa propre vie. Cela peut être très angoissant. Il ou elle a alors l'impression que rien n'est fondé à l'extérieur et se retrouve dans une solitude terrible à devoir fonder sa propre existence.C'est très rassurant de s'entendre dire: "Nous pensons que ceci est bon pour toi et nous te demandons de le faire". Cela donne l'image d'un monde stable dans lequel il y a des repères extérieurs forts.
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