Détruire les murailles de Chine... et se reconstruire
Le "travail du négatif", en psychanalyse, est toujours le plus difficile à mener. Le psy vous dira que c'est quand vous arriverez à vous en prendre à lui, et pas seulement à le révérer, que les chemins de la liberté se laisseront entrevoir! Rien à voir avec l'explosion d'une barre d'immeuble dans une cité "difficile"? Pas si sûr. Démolir un immeuble, c'est accepter l'idée que l'on s'est trompé. La "puissance" publique, autant dire la loi du père ou l'autorité parentale au niveau de l'Etat, assume enfin ses erreurs, même aussi énormes que ces blocs de béton. Et même avec vingt ans de retard...Longtemps, jusqu'à la fin des années 90, le sujet a été tabou en France. La puissance publique n'acceptait les démolitions qu'au compte-goutte pour ne pas regarder en face son impuissance et affronter les conséquences d'une politique d'urbanisation catastrophique dans les années 60. Dynamiter passait pour du gaspillage, et un scandale alors que tant de familles étaient mal logées, voire pas logées du tout. Les collectivités locales qui font exploser leur "bébé", leurs HLM, c'est un drôle de symbole, un simulacre d'autodestruction.
Reconstruire autrement
Le Ministère de la Ville annonce une prévision annuelle de dix mille à douze mille démolitions de logements HLM, prenant ainsi en compte ce travail du négatif. Cette urbanisation effrénée et incohérente a constitué la face sombre et piteuse des Trente Glorieuses, l'envers de la société de consommation, qui fêtait son apogée à l'époque où ces barres ont été construites, avant la crise et le chômage. Il faut maintenant éliminer, reconstruire autrement, humainement. Pas facile dans un pays comme la France, qui se passionne pour son patrimoine, presque à l'excès, ce dernier finissant par englober tout ce qui existe. Conserver un patrimoine est le signe de la maturité. Ne plus savoir détruire serait celui d'une régression.
Nostalgie du cocon
A Saint-Etienne, des jeunes ont confié leur attachement à la "muraille de Chine" où ils ont vécu leurs premières amours et fait leurs quatre cents coups. A l'heure des adieux, ces souvenirs heureux prennent le dessus sur une réalité pourtant décrite comme sordide par beaucoup. La perte du cocon, fut-il en ruine, nécessite un travail de deuil. Paradoxalement, à la Courneuve, c'est une habitante plus âgée qui a dit: "Un bâtiment qui tombe, c'est grandiose, impressionnant". Presque un moment de liberté fondatrice. Reste ensuite la partie la plus difficile: après le "big bang", apprendre à se reconstruire, en soi et dans son nouveau "chez soi".
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