Témoignage : Stéphane, père de deux petits garçons, évoque sa paternité
Stéphane : Je me suis toujours vu avec des enfants, je les ai toujours aimé. Pourtant, je n'ai jamais fait de baby sitting par exemple, je ne me suis jamais vraiment occupé d'enfants. Mais j'ai toujours eu le désir d'être père. Cela correspondait chez moi avec l'idée de filiation, cela rentrait dans un idéal familial.
L'envie d'avoir et de faire partie d'une tribu ?
Stéphane : Tribu pourrait être un bon terme oui, dans le sens où je me voyais bien avec une famille nombreuse. Je crois que je tiens cela de mon père. Lui aussi souhaitait une famille nombreuse, alors qu'il n'en n'a pas eu et n'en faisait pas partie non plus.
Comment se sont passés les premiers temps de cette grossesse ?
Stéphane : Cette grossesse n'était pas attendue, ma femme n'était pas préparée, et elle l'a assez mal vécu. C'était délicat car pour ma part je me sentais totalement disponible à ce niveau là.
Au moment de l'annonce, je ressentais calme et paix. Je l'aurais peut-être accueilli avec plus de joie si ma femme avait été plus sereine cependant.
La manière dont une femme annonce qu'elle est enceinte est très importante. Cela joue beaucoup. Et même si ma joie était là, si je la ressentais, je n'ai pu la laisser librement s'exprimer.
L'annonce a-t-elle déclenché des angoisses ?
Stéphane : Non pas à ce moment là. J'étais très confiant en fait. Les angoisses sont venues plus tard pendant la grossesse, quand il a fallu faire face à des décisions et des actes concrets, comme annoncer cette grossesse aux parents ou encore déménager.
Cette étape provoque des remaniements dans le couple ?
Stéphane : Pour ce qui nous concerne, on ne se connaissait pas depuis très longtemps. On était dans la première phase de notre couple, une phase passionnelle. On n'a pas assez profité de ces instants précieux. Heureusement que nous avions à la base un substrat fort entre nous.
Et par rapport à ton père ?
Stéphane : Chacun de nous a choisi son parent le plus apte à accueillir la nouvelle ! Moi mon père, ma femme : sa mère. J'ai donc été voir mon père tout de suite et j'ai été très bien accueilli. il a manifesté beaucoup de joie. Mais il avait un petit regret, qui était que nous n'avions pas, ma femme et moi, eu l'occasion de profiter des premières années de vie de couple. Il m'a fait comprendre à l'époque qu'il faudrait que l'on compose avec.
En fait, plus que par rapport à mon père, c'est par rapport à la société que j'ai dû me positionner. J'avais 25 ans, un travail, de l'argent, un appartement, j'étais célibataire et j'avais une moto ! J'étais très ado ! La venue de notre enfant à initialiser un processus de maturation. Mais j'ai quand même mis longtemps avant d'arrêter la moto, et pour moi c'est un signe. Ça n'est que 2 ans après la naissance de mon fils que j'ai arrêté. Ça a été un renoncement important, et pour moi, c'était l'entrée dans l'âge adulte.
Et face au ventre de ta femme qui changeait...
Pour moi, c'était un grand mystère au départ d'imaginer une enfant dans le ventre de ma femme. Au niveau théorique oui ! Mais concrètement, c'était mystérieux...
Mais ça a été plutôt un mauvais souvenir, pour les conditions que j'ai exprimées tout à l'heure. Il fallait plus que je contienne ma femme, que je l'épaule, dans un vécu d'angoisse.
Stéphane : En fait, on n'est jamais prêt, surtout pour le premier. Etre prêt, c'est être entraîné. Or, la paternité, ça n'est pas du tout de cet ordre là. C'est de l'ordre de l'instinct, du spontané, de l'hyper-affectif. En fait, j'ai fonctionné dans la confiance. Il y a des forces en chaque homme à ce moment là, forces qui se mobilisent grâce à la mère. J'ai eu beaucoup de joie car ma femme m'a tout de suite inscrit dans ce rôle de père. Elle m'a mis X dans les bras m'a dit de le laver, de le changer etc.
Je connais des couples où la mère ne laisse pas du tout cette place au père, et le père se sent comme " éjecté ", complètement mis à l'écart.
Ce qu'a fait ma femme, c'est une bonne méthode ! Je la recommande souvent aux futures mères : si elle veulent que le père participe, s'occupe du bébé, il faut lui mettre dans les bras !
Et l'accouchement ?
Stéphane : Nous souhaitions tous les deux que j'y assiste, j'étais aux côté de l'obstétricien, en face de ma femme. J'étais beaucoup investi et impliqué dans le processus physique et physiologique de l'accouchement. Mais les jours qui ont suivi, on a eu le sentiment d'être passé à côté de quelque chose au niveau affectif. Ma place aurait due être aux cotés de ma femme. Ce n'est pas le rôle de l'homme de s'occuper de la technique au niveau de l'accouchement. Son rôle est d'être à coté de la mère.
En ce qui concerne la douleur, ça m'a mis mal à l'aise en ce sens que j'avais un sentiment d'injustice. J'aurais bien aimé en prendre une part à mon compte. Ce n'est pas facile de rester là et de ne pouvoir soulager cette douleur.
Comment se sont passés les premiers contacts ?
Stéphane : Très surprenants ! C'était un contact touché et visuel car je l'ai aidé à sortir. Ce qui m'a le plus surpris, c'était la taille du crâne... J'étais un peu choqué. J'ai ensuite participé aux premiers soins. Qu'on me rende actif, qu'on me fasse participer a été très important pour moi à ce moment là. Qu'on me reconnaisse comme père m'a fait très plaisir. Je n'aurais pas supporté l'idée d'être exclu à ce moment là. Avec en plus les histoires de changements d'enfants tant qu'on ne leur a pas mis les bracelets !
J'étais très excité, je ressentais une grande joie. Beaucoup d'émerveillement pour la vie aussi.
Les premiers mois ...
Stéphane : Pas facile ! Pas facile du tout d'ailleurs ! Surtout au niveau physique, et principalement au niveau du sommeil. Ça a été notre grande épreuve. Je participais en me levant la nuit, en apportant le bébé à ma femme et en le recouchant après. C'était très dur.
De plus, il y a un éclatement du couple quand un troisième arrive. On a moins de temps pour nous, et beaucoup de fatigue en plus. Mais ce qui était bien, c'est que ma femme n'était pas en fusion avec le bébé. Nous étions deux face à notre enfant. Cette période reste quand même un souvenir difficile, et j'aurais bien aimé qu'on ait plus de temps à nous deux. Il est important dans la théorie que la femme trouve la force de confier l'enfant pour une journée, un week-end, histoire de se retrouver à deux. C'est bon parfois de ne pas avoir ce petit parasite entre nous !
Et qu'en est-il de la sexualité pendant et après la grossesse ?
Stéphane : Pendant la maternité, la sexualité a été quasi nulle. Les premiers mois après la naissance, c'était pareil, dans le sens où, bien que le désir revienne, la fatigue accumulée est très importante...
Même si on comprend, c'est quand même difficile ces parenthèses au niveau de la sexualité. On a un peu d'amertume, mais ça n'est pas non plus une frustration énorme. Tout est relatif.
En quoi te sens-tu père et qu'est-ce qu'un bon père selon toi ?
Stéphane : Ce qui me fait sentir père c'est l'amour de mes enfants. Quand ils m'appellent papa, qu'ils réclament un câlin, ou que l'on fasse la bagarre. C'est ce retour, gratuit. Quand on entend " papa, papa ! " et que c'est à nous que l'on s'adresse, c'est un émerveillement !
Un bon père pour moi, c'est quelqu'un qui saura passer du temps en qualité avec ses enfants. C'est le plus beau cadeau qu'on puisse faire à des enfants en tant que père. Il faut accepter de sacrifier pas mal de choses de sa vie pour pouvoir donner du temps et de l'amour à ses enfants.
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