Les derniers mots d'un criminel nazi
Les mêmes journaux publiaient des extraits des Mémoires d'Adolf Eichmann, l'un des exécutants les plus gradés et les plus zélés de la Solution Finale, capturé en 1961 en Argentine par les services secrets israéliens, qui tint son journal pour préparer sa défense, dans l'attente de son procès. Près de quarante ans après sa condamnation à mort, Israël a décidé de le rendre public. Pour la première fois, un très haut dignitaire nazi reconnaît que le génocide a été planifié : " La plus grande et la plus violente danse de mort de tous les temps ", écrit Eichmann. Mais qui " dansait " ? Même quand il croit faire son mea-culpa, Eichmann use de mots déplacés, " déportés " de leur sens habituel.
Danse et vacances...
Les déportations, en France, devaient commencer à la fin 1941, mais furent repoussées " à cause de l'importance du trafic pour les vacances de Noël ", nous apprend Eichmann. Eh oui, la mort attendra encore un peu, que tous les vacanciers rentrés des sports d'hiver ou des agapes en famille libèrent de la place dans les trains. Etrange télescopage de la quotidienneté tranquille des uns et de l'horreur des autres. " Il fallait ensuite veiller à ce que les juifs de nationalité française perdent, avant leur départ ou au plus tard le jour de leur déportation, leur nationalité ; et il fallait aussi régler de la même façon les problèmes de patrimoine et de fortune ". Le voilà donc, ce patrimoine que la justice cherche aujourd'hui à leur restituer.
" Tout le monde trouvait que ça allait trop lentement "
, écrit Eichmann, constatant que " dans tous les pays, les bureaucraties travaillent à un rythme bureaucratique "...
Le crime le plus monstrueux décrit dans les termes les plus banals : voilà pourquoi il ne faut jamais banaliser les mots. C'est ce qu' a compris la Fédération italienne de football. Dans les stades, et notamment à Rome, les banderoles antisémites et racistes se sont multipliées depuis 2000. C'est avec ces mots imprimés en grand que les supporters de la Lazio accueillirent l'autre grande équipe de la ville, la Roma, en 1998 : " Auschwitz est votre patrie, les fours sont vos maisons ".
Depuis, la situation ne cesse de s'aggraver. Les mêmes supporters ont rendu hommage au criminel de guerre serbe Arkan, après son assassinat, en brandissant en plein match une banderole à sa gloire.
Les pires crimes commencent souvent par des mots. Comme ceux de "Mein Kampf". Et la guerre des mots, elle, n'est jamais définitivement gagnée. Restons vigilants...
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